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Témoignage d’une enfant bilingue

Posted by on 9 février 2013

Le tour du monde des bilingues fait escale aujourd’hui Au Maroc pour lequel j’ai interviewé Sarah qui est bilingue de naissance.

Voici une transcription in extenso du dialogue.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Bonsoir Sarah. Merci de m’accorder cette interview. Vous êtes bilingue, est-ce que vous pouvez nous dire dans quelles langues ?

Sarah : Je sais parler en français et en arabe dialectal, celui qu’on parle au Maroc. Mais je sais parler, je sais me débrouiller avec les gens, je n’ai pas de problème. Je pense que je suis bilingue parce que quand je l’entends, je le comprends instantanément sans faire de traduction ou quoi que ce soit, mais la langue est un peu limitée au cadre de la vie quotidienne de la famille, des amis, de ce qui se passe dans la rue. Je ne suis pas capable de faire un débat politique dans cette langue par exemple.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : . C’est une langue un peu particulière dans la mesure où la forme écrite n’est pas exactement la même. C’est l’arabe standard. Est-ce que vous êtes capable de lire l’arabe ?

Sarah : En fait, quand je suis allée à l’université, quand j’ai fait mon master, j’ai pris un cours d’initiation à l’arabe classique mais c’était vraiment pour apprendre à écrire, ce que je ne savais pas faire jusque là. Maintenant, je sais lire l’alphabet, si vous voulez. Je sais déchiffrer les phrases mais on pourrait dire que je suis au niveau CP !

Cyrille, le praticien du bilinguisme : .Cela veut dire que vous avez développé une compétence bilingue purement orale ?

Sarah : Oui.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Cela s’est fait comment ce développement de la compétence orale pendant tant d’années ?

Sarah : Je suis la première fille de mes parents. Je suis née en 89, et en fait, mon père est Marocain, il est venu en France à 18 ans à peu près, dans les années 80. En fait, quand je suis née, mes parents ont décidé que ma mère parlerait uniquement en français avec moi et que mon père parlerait uniquement en arabe avec moi. Donc mon père s’adressait à moi uniquement dans sa propre langue, jamais en français. Moi je lui répondais en arabe, enfin en marocain, disons. Et avec ma mère, je parlais en français. Avec ma famille du Maroc, évidemment, je parlais en arabe. Et ça c’est toujours passé comme ça jusqu’à mes 7 ans et l’entrée en primaire, en fait ou même si c’est horrible à dire, j’avais envie de faire comme toutes mes copines, je voulais parler en français avec mon père et du coup, on était plus dans une logique où mon père parlait en arabe et je lui répondais en français. Et en fait, avec mes frères et sœurs, c’était moins facile à tenir pour mon père parce que c’est un vrai effort pour lui de ne lui parler qu’en arabe et s’efforcer de faire cette gymnastique-là . Avec mes frères et sœurs cela s’est un peu perdu. Et eux parlent moins bien que moi. Pour moi, comme pendant six ans, j’étais uniquement avec cette langue là, c’est grâce à ça qu’on peut dire, que j’ai pu être bilingue.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Vous avez été scolarisée à quel âge ?

Sarah : En maternelle comme tout le monde, mais au niveau du CEP, CE1 j’ai commencé à arrêter à parler avec mon père. Après, maintenant, actuellement tous les deux on parle en français sauf sur certaines phrases : Est-ce que tu veux du thé ? Viens manger. A la prochaine. Bonne soirée ! Enfin, les petits trucs un peu élémentaires, un peu répétitifs dans la journée. Il parle parfois en français puis il passe en arabe, mais moi je lui réponds plutôt en français sauf pour les formules de politesse et ce genre de choses.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Est-ce que vous avez eu des supports audio-visuels ?

Sarah : Oui, c’est drôle mais je n’y avais jamais réfléchi mais il mettait souvent des cassettes ; je me rappelle de Sinbad le Marin en arabe, très moche de façon manga des années 90 mais en arabe. Avec juste deux formes de bouche, ouvert ou fermé (rire). Et puis il y avait aussi des petites chansons. J’avais des petites comptines. Avec la musique et les dessins animés, c’est vrai que j’en entendais souvent.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Est-ce qu’il y avait d’autres enfants qui pouvaient soutenir l’effort parental ?

Sarah : …Pendant l’été, pendant les vacances quand j’allais au Maroc même parfois mes parents m’y envoyaient toute seule, donc j’étais à 100% à ce moment-là, je parlais uniquement en arabe et jamais en français pendant deux mois peut-être, c’était vraiment limité dans le temps.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : A quel âge ils vous envoyaient seule ?

Sarah : J’avais six ans, et mon frère trois je pense. Ils nous ont mis tous les deux dans l’avion et on était partis au Maroc comme ça…

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Bravo !

Sarah : …Tous les étés, on allait en famille. Je parlais arabe avec les enfants arabes, ma famille, quoi ! Il n’y avait pas de soucis.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Si vous voulez transmettre la compétence bilingue à vos enfants, qu’est-ce que vous feriez différemment ?

Sarah : Je pense que je ne la sais pas assez bien pour la transmettre et peut-être que…je ne sais pas si ça se fait de grands-parents à enfants mais ça peut être une expérience aussi. Mais je ne ferais rien de différent. Moi je ne peux pas me rendre compte, quand on est petit, c’est juste comme ça quoi…On parle…On passe de l’une à l’autre, non non, moi j’aurais fait pareil. Si j’avais une langue étrangère, je ferais tout mon possible pour la transmettre.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Le passage à l’écrit, donc ça c’est bien passé ? C’était douloureux (rire), quel était le ressenti ?

Sarah : En fait, en y réfléchissant, petite, mon père me faisait faire des exercices. On a un peu appris l’alphabet, des petits mots, des trucs comme ça mais après, au niveau des cours, moi franchement, j’ai adoré parce que c’était comme décrypter des choses que je connaissais déjà. Donc c’était facilitant. On ne peut pas considérer que le passage à l’écrit s’est fait totalement parce que, malheureusement je n’ai fait, pendant un an et demi, que deux heures par semaine. Donc je pense que ce n’est pas suffisant mais peut-être que je reprendrai…mais j’aurais bien aimé pousser un petit peu plus loin mais malheureusement ce n’est pas possible.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Aujourd’hui, dans le monde arabe, j’ai remarque que l’Al Jazeera était une télé de haut niveau et qu’elle était quelque part en train de diffuser un arabe identique qui vient du Golfe dans tous les pays. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Sarah : C’est super bien ! Nous, on ne pourra jamais prétendre à ça en Europe, par exemple. Mais après, en tant que spectatrice, une télé est souvent branchée chez mes parents dans ma famille, à titre personnel, je n’y comprends pas grand chose, ça parle beaucoup trop vite pour moi, c’est un langage trop spécialisé, de trop de haut niveau pour moi, pour mon niveau d’arabe classique. Mais à terme, c’est vraiment un outil super. Cela veut dire que les gosses qui entendent cet arabe-là pendant leur enfance, ils peuvent très bien aller travailler au Liban ou au Quatar, je pense que c’est vraiment classe.

Cyrille, le praticien du bilinguisme: C’est très très intéressant et merci de ce témoignage.

A titre personnel, je pense qu’Al Jazeera est de bon niveau en anglais mais je ne comprend rien dans la version en arabe ni celle pour enfants, Al Jazeera Children. Mais si j’avais la même chose en Espéranto, tout serait beaucoup plus simple pour développer le niveau de mes enfants :-).

Ils font vraiment du bon travail.

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3 Responses to Témoignage d’une enfant bilingue

  1. rimas

    Bonjour
    Un nombre croissant des marocaines et marocains sont néanmoins bilingues, voire trilingues
    Soy Trilingüe

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