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Des bilingues en Suisse romande

Posted by on 25 septembre 2012

Nous allons démarrer le tour du monde des bilingues par une destination proche. Je vous emmène aujourd’hui en Suisse romande, où j’ai interviewé Daniel, dont les enfants sont bilingues français-Schwizerdütsch.

Voici une transcription in extenso du dialogue.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Quelles sont les langues dans votre famille?

Daniel : Ma langue, c’est le français. Mon épouse parle le suisse-allemand. Et donc, aussi l’allemand. C’est un régime bilingue suisse-allemand-allemand.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Les enfants ont grandi par les deux langues ?

Daniel : Les enfants grandissent en entendant systématiquement le suisse-allemand par mon épouse, le français par moi, et en cultivant quand même un peu l’allemand, donc la version écrite de la langue qui correspond au suisse-allemand.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Vous vivez dans une zone francophone ou une zone germanophone?

Daniel : Dans une zone francophone, avec des contacts avec des amis en zone germanophone, avec une partie de la famille en zone germanophone mais l’école, les amis, tout çela se passe en français.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Quelle est leur langue la plus forte ?

Daniel : Largement le français.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Est-ce qu’ils étudient en français ?

Daniel : Ils étudient en français. L’allemand vient comme première langue étrangère.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : L’allemand est une matière scolaire ou est-ce que c’est une langue d’enseignement à l’école ?

Daniel : En fait, c’est une matière scolaire qui s’enseigne à partir de la troisième ou quatrième année de l’école.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Est-ce que les enfants sont capables de rêver en allemand ?

Daniel : Ils n’en ont jamais parlé. Je ne pense pas. Apparemment pas. Ils n’ont jamais témoigné de ce genre de chose. De même que la rigolade ou les choses comme ça, ça se passe avant tout en français.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Est-ce que tu as vu une différence dans leur niveau d’allemand au moment où ils sont allés à l’école ?

Daniel : Oui, c’est clair. Le plus jeune ne fait pas encore l’allemand à l’école. Il va commencer l’année prochaine. Mais le plus âgé est simplement à l’aise. Quand il s’agit d’apprendre du vocabulaire il doit faire un effort, parce qu’il apprend le dialecte suisse-allemand. Il doit faire un effort pour apprendre le vocabulaire allemand qui est quand même parfois un petit peu différent, et l’orthographe peut poser des problèmes. Par contre, la compréhension est d’une facilité impressionnante. S’il y a des exercices où il faut écouter un texte ou lire un texte, c’est vrai qu’il comprend d’emblée la quasi-totalité du texte.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Est-ce qu’ils répondent en allemand à leur mère ou en français?

Daniel : Ils ont tendance à répondre en français tant qu’on est dans un contexte francophone. Par contre, l’été passé, on est parti en vacances avec des amis alémaniques. Au bout de quelques jours, ça dépendait des situations mais ils pouvaient répondre dans les deux langues.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Tu ne t’es jamais adressé à eux en allemand ?

Daniel : Non, pas à eux! Par contre, il m’arrive de parler devant eux en allemand. Je ne suis pas un bilingue, mon allemand reste souvent fautif.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Parlons de fautes, justement, est-ce qu’il vous est arrivé de transmettre des choses qui sont erronées aux enfants, et comment vous est-ce que avez réagi ?

Daniel : Des choses erronées du point de vue des langues ?

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Par exemple par rapport au Hochdeutsch

Daniel : Alors, forcément dans la mesure où ils apprennent le suisse-allemand, et que le suisse-allemand a tendance à avoir des différences. Comme le mot schaffen qui veut dire réussir en allemand, qui veut dire travailler en suisse-allemand. Donc, il arrive que mon fils se trompe à l’école parce qu’il se réfère au suisse-allemand.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Vous avez remarqué des contaminations linguistiques d’une langue à l’autre ?

Daniel : Oui, tout à fait, quand ils sont jeunes entre 2 et 4 ans. Il y a des mélanges absolument drôles, des choses du genre je ne sais pas, hop, il va venir aujourd’hui. Il y a des choses absolument amusantes dans la mesure où l’enfant cherche la voie la plus simple, il cherche le parcours le plus court. Si tout à coup il lui manque un mot dans sa première langue, mais que le mot lui apparaît rapidement à l’esprit dans la deuxième, il va utiliser l’autre mot en supposant que tout le monde comprend ces deux langues.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Est-ce que vous avez remarqué des contaminations qui seraient plus sémantiques ?

Daniel : Certainement. Cela ne me revient pas maintenant. Certainement des petites erreurs mais elles ont toutes tendances à s’éliminer avec le temps. Ce sont des erreurs temporaires. Quand un enfant grandit avec une seule langue, il fait aussi des erreurs. Le français est suffisamment irrégulier pour inciter à faire des erreurs, pour dire vous disez à la place de vous dites. Et puis cette erreur, à un moment donné, se normalise. Donc, là c’est un peu pareil, les contaminations de langues sont temporaires. Elles font très peur aux parents. Mais de facto, elles disparaissent tranquillement.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Est-ce que l’accès à l’écrit a été facile? Est-ce qu’ils lisent en Hochdeutsch ou en suisse-allemand ?

Daniel : Pas très bien. C’est l’école qui le leur apporte.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Ils lisent à l’école ?

Daniel : L’aîné qui fait de l’allemand maintenant depuis trois ans, bien sûr, apprend à lire l’allemand, donc il le lit maintenant assez facilement. Mais quand même, le fait de posséder la langue sur le plan oral ne garantissait pas qu’on puisse la lire. Il fallait encore apprendre le décodage de l’allemand écrit.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : S’il doit lire un roman, il va le lire en français ou en allemand ?

Daniel : Toujours en français !

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Cette barrière de l’accès à la lecture des romans n’a pas été encore franchie ?

Daniel : Non, manifestement non, car en étant éduqué avant tout en français, le suisse-allemand pour lui, c’est la langue de sa mère. C’est une langue qui sert à s’amuser, qui sert à écouter aussi. Il a eu beaucoup l’occasion d’écouter des histoires, des disques, de voir des films en suisse-allemand ou en allemand. Mais ça reste une langue qui n’était pas du tout sa langue écrite. La première langue écrite est le français, et puis maintenant, l’allemand est en train de devenir une langue écrite. On ne peut pas encore savoir s’il aura du plaisir à lire d’ici quelque temps en allemand.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Et quand il était petit, vous deviez lire des histoires. Vous lisiez les livres en suisse-allemand, en français, en allemand ?

Daniel : Un peu des trois. Mon épouse lisait le livre en suisse-allemand.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Même s’il était écrit en français ?

Daniel : Même s’il était écrit en allemand surtout. Les suisse-allemands ont cette capacité de lire un texte écrit en allemand et de lire en fait en suisse-allemand à haute voix, j’ai toujours de la peine à imaginer comment ils font ça. Moi, j’avais tendance à lire des textes plutôt en français.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Et si l’enfant arrive vers toi avec un livre en Hochdeutsch qu’il aime beaucoup, qu’il est à la porte et qu’il dit Papa, maintenant tu me le lis ?

Daniel : Alors, j’essayais de le lire en français. Probablement en n’étant pas totalement fidèle. La situation s’est produite effectivement. Et mon épouse a aussi lu des livres en français en les restituant en suisse-allemand.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Cela n’a rien d’extraordinaire, c’est une technique d’interprétation, de la traduction à vue.

Daniel : Avec des textes d’enfants, on y arrive, mais je me souviens que dans certains textes, il y avait des noms d’animaux, des noms de plantes, on peut très vite être déstabilisé.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Et si c’était à refaire, est-ce que tu changerais quelque chose dans le régime linguistique de la famille ?

Daniel : Oui probablement. En fait, je me rends compte que, nous, on avait vécu ça très naturellement sans trop se poser de questions finalement. Et qu’en fait, ça mériterait de fortifier un petit peu la langue seconde, de lui donner un petit peu plus de matériel. Par exemple, de plus souvent partir en vacances dans des régions germanophones. On a eu tendances à faire pas mal de vacances dans des régions francophones alors qu’on aurait dû privilégier des régions germanophones. De même, on aurait dû plus systématiquement choisir des films en allemand au début pour rééquilibrer, un peu, l’équilibre qui était naturellement plus favorable au français car on vivait dans une région francophone.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Quelle a été la position du milieu environnant, est-ce qu’il y a eu des gens qui soutenaient ce bilinguisme, ou des questions des gens qui s’opposaient ?

Daniel : Globalement très favorable, en fait. Je sais que dans la génération précédente, ce n’était pas forcément le cas mais nous, on n’a eu que des messages positifs. D’autant plus qu’on vit dans une région minoritaire en Suisse, en tant que francophone, connaître la langue majoritaire de la Suisse, en plus, son dialecte, est un tel avantage que tout le monde voyait tout de suite l’intérêt. (NDLR : C’est un avantage pour trouver un emploi en Suisse romande ou en Suisse alémanique).

Cyrille, le praticien du bilinguisme : La question ne s’est jamais posée, on ne vous a jamais demandé pourquoi pas une langue dominante comme l’anglais, par exemple?

Daniel : Non, je ne crois pas. Parce que tout d’abord, je dois reconnaître qu’aucun de nous deux n’aurait été capable de parler de manière fluide l’anglais. C’est la langue cadette.

Cyrille, le praticien du bilinguisme  : Est-ce que tu as l’impression que les enfants sont favorisés durant leurs études, non pas en allemand mais dans d’autres matières ?

Daniel : Je suis convaincu qu’ils le sont tout bêtement parce que l’allemand en Suisse romande est un souci scolaire. C’est une langue qui stresse beaucoup du monde, qui fait peur car elle est perçue comme très différente du français, comme très difficile. Mon fils élimine cette difficulté parce que il n’a pas peur de l’allemand, il a envie de l’apprendre. Disons qu’il a une approche positive de cette langue. Du coup, il peut se retourner et se concentrer sur d’autres choses comme les mathématiques. Donc, finalement l’avantage n’est pas forcément un avantage concret à se débrouiller plus vite en allemand mais un avantage indirect à profiter d’une tranquillité sur ce terrain-là, pour se concentrer sur le terrain d’à côté.

Cyrille, le praticien du bilinguisme  : Merci beaucoup.

Un grand merci à Daniel pour ce témoignage de valeur.

 

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5 Responses to Des bilingues en Suisse romande

  1. Fabienne

    Très chouette interview! Cela me rappelle un peu mon enfance, j’ai grandi à Lausanne (en suisse romande) mais avec 2 parents suisse allemand. Du coup j’ai parlé uniquement suisse allemand jusqu’à l’âge de 3 ans, âge auquel mes parents m’avaient inscrits en pré-maternelle pour que j’apprenne le français. Ma maman me disait que je lui avait fait terriblement mal au coeur la première fois qu’elle m’avait déposée car je pleurais au milieu des enfants et que je ne comprenais rien… Mais au bout de quelques semaines c’était réglé… Arrivée en maternelle mes professeurs ne s’étaient même pas rendu compte que le français n’était pas ma première langue… Bref à cet âge là c’est tellement simple, et en aucun cas traumatisant!
    Et effectivement l’apprentissage des autres langues à l’école a toujours été un plaisir par la suite, et comparé à la plupart de mes amis je dirais que j’avais aussi plus de facilités avec les autres langues, probablement grâce au bilinguisme!

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