browser icon
You are using an insecure version of your web browser. Please update your browser!
Using an outdated browser makes your computer unsafe. For a safer, faster, more enjoyable user experience, please update your browser today or try a newer browser.

Séminaire sur les raisons de l’échec des enfants à l’école en langues étrangères

Posted by on 26 janvier 2013

L’enregistrement du séminaire en ligne du 23 décembre est disponible.

Voici une transcription de ce que j’ai présenté

Bonjour à tous et bienvenue dans ce séminaire en ligne sur

  • les raisons de l’échec des enfants à l’école en langues étrangères.
  • nous verrons que faire pour éviter l’échec et notamment.
  • comment faisaient les rois et princes pour être d’admirables polyglottes.
  • comment obtenir presque les même résultats.

Nous serons ensembles durant une heure à peu près avant de passer à la discussion. C’est vraiment du direct, je peux donc adapter le rythme et la durée. Je vous ai préparé une surprise pour la discussion que nous tiendrons après ma présentation.

Le besoin

      • Notre monde est devenu beaucoup plus plurilingue que dans un passé proche et quelques signaux montrent que le centre du monde, notamment économique, va se déplacer, va retourner vers l’Asie.
      • le français n’est plus la langue de la diplomatie internationale, le dernier traité international entre deux pays non francophone signé en français date de 1905.

et l’Europe se construit tant bien que mal.
En conséquence, le monolingue devient une sorte de Personne à Mobilité Réduite.
Si vous êtes là aujourd’hui, c’est que vous êtes sensibles à cet aspect de l’enseignement, à vos enfants et d’une manière générale, à tous les enfants.

Quel est le problème désormais ?

Nous avons besoin d’amener les enfants à maitriser plus d’une seule langue. Nous ne voulons pas nous retrouver dans cette situation où un adolescent, un adulte, devient un parfait illettré du simple fait d’un changement de langue.
Cela m’est arrivé en Syrie, à Alep. Je voyageais avec un australien, qui ne m’était pas d’un grand secours car il ne parlait qu’anglais, et nous avions du mal à retrouver notre hôtel. Les seules indications présentes dans la rue étaient en arabe ou en cyrillique. La bonne affaire. A Saint Saint-Pétersbourg, je me suis de nouveau retrouvé dans l’incapacité de simplement lire le nom des stations de métro. Mais on ne m’y reprendra plus, j’ai appris à lire le cyrillique, même si mon niveau s’arrête là.

D’ailleurs, tout commence par là, par la mesure des niveaux en langue. Comment fait-on ?

Pendant longtemps, on a eu une approche du type tout ou rien. Je sais à peine lire en russe mais je peux faire l’interprète et je suis un locuteur natif du français.
Dans un monde où l’on utilisera 5, 6, 7 langues pour des besoins sociaux différents, il faut savoir mesurer les niveaux intermédiaires entre ces deux extrêmes.
Pour cela, on utilise le cadre européen commun de référence pour les langues qu’à créé le conseil de l’Europe en 2004.

C’est l’instrument de mesure par rapport auquel sont exprimé toutes les méthodes, tous les cours, et donc également, les objectifs et la progression à l’école. Nous n’allons pas entrer dans les détails, mais je suis quand même obligé de rappeler ce que signifient les différents niveaux. Car si je dis les enfants échouent en langue à l’école, encore faut-il dire quel est le but. Si vous n’avez pas de but, vous risquez de ne pas l’atteindre dit le proverbe chinois, mais surtout vous ne pouvez ni échouer ni réussir.
Le cadre européen permet de comparer le niveau en langue de la même manière dans toutes les langues européennes, le turc, l’arabe, le chinois.
C’est désormais LA référence mondiale pour les langues.

Il définit 6 niveaux de référence
de A1 le plus bas à C2 le plus élevé.

Les niveaux sont cumulatifs. Un locuteur au niveau A2 sait faire ce qu’un locuteur de niveau A1 est sensé faire. Nous verrons plus tard que les marches n’ont pas toutes la même hauteur !

Les niveaux portent sur les 5 domaines qui sont

      • la compréhension orale
      • la lecture
      • la conversation
      • la prise de parole
      • l’expression écrite

Le guide a été construit pour sortir du tout ou rien, bilingue ou nul, donc il est fait pour s’évaluer. Personnellement, je comprends l’allemand au niveau B2 mais si je regarde la correction grammaticale quand je m’exprime, cela ne dépasse peut être pas A1 ! C’est asymétrique. Comprendre une langue étrangère est plus facile que de s’exprimer dans une langue étrangère.

Les deux niveaux A sont élémentaires.

A1 est le niveau introductif, on peut présenter son lieu de vie et ses proches.
C’est l’objectif de l’école en France à la fin de la scolarité du primaire.

Attention, c’est un peu plus que le niveau 0, car si vous ouvrez un bouquin une ou deux fois, si vous vous essayez à une méthode d’auto-apprentissage que vous abandonnez à la 20ème leçon, vous ne pouvez pas faire de phrase, même simples.
J’ai essayé, en Japonais, en Russe, en Serbo-croate, je n’ai même pas atteint ce niveau.

Au niveau A2 On peut comprendre des phrases isolées en relation avec des domaines immédiats de priorité, des informations personnelles et familiales simples, les achats, l’environnement proche.
L’école vise ce niveau en fin de collège, à la fin de la scolarité obligatoire.

Dans la plupart des langues que j’ai pu pratiquer, sans les étudier en classe, je suis coincé à ce niveau dans mon expression.
C’est le cas en Espagnol, en Finnois, en Arabe. En Turc, c’est même pire, j’ai tout oublié.

Si ce niveau B1 s’appelle seuil, ce n’est pas un hasard. Quand on franchit un seuil, on accède à autre chose et j’aurai tendance à penser qu’on ne peut plus retomber à zéro comme cela m’est arrivé en Espagnol ou en Turc. En B1, on peut se débrouiller dans la plupart des situations rencontrées en voyage, on produit des discours simples et cohérents sur des sujets familiers. On peut décrire un espoir ou un but, exposer des raisons pour un projet ou une idée. On est au delà de ce qu’une machine à traduire ferait pour vous.

Au niveau B2, vous pouvez communiquer avec les locuteurs natifs sans qu’ils ne soient obligés de s’adapter à vous, de ralentir ou de simplifier leur discours.
Mon amie britannique qui travaille en Suisse parle anglais avec ses enfants, mais elle travaille en votre anglais.

C’est le niveau qui est visé au baccalauréat à la fin du secondaire.

Au niveau C1, on peut s’exprimer de manière claire et détaillée sur des sujets complexes. Les mauvaises langues me diront qu’il y a beaucoup de gens qui n’y parviendrons jamais, même dans leur langue maternelle. Et vous voyez tout de suite pourquoi l’école ne vise pas le niveau C1 en langues étrangères pour le baccalauréat. Je pense sincèrement qu’on ne peut pas atteindre C1 sans aller vivre dans le pays, car cela nécessite des milliers d’heures.

Au niveau C2 on peut comprendre sans effort pratiquement tout. On peut s’exprimer couramment et spontanément de façon précise et en rendant de fines nuances de sens, même sur des sujets complexes.
Dans l’esprit du document du Conseil de l’Europe, ce n’est pas pour autant comparable aux compétences des locuteurs natifs. Mais je sais pas ailleurs que certains, dans les instituts membre de ALTE, considèrent que c’est une sorte de Graal inatteignable. Les 2 attitudes changent la manière d’estimer le niveau. Ce qui ne change pas, c’est la hauteur de la marche. Je pense qu’elle se chiffre en dizaines de milliers d’heures pour l’anglais.

Si je met verticalement le % d’élève qui atteint un certain niveau,
l’objectif est d’amener tous les élèves au niveau B2 à 18 ans pour le baccalauréat.

Tout le monde est d’accord que 100 % de succès ressemble à cela ?
Et maintenant, ce que vous attendez tous, les chiffres. A quoi doivent-ils ressembler ? Si vous construisez des voitures et qu’on vous dit que vous devez atteindre B2, vous vous débrouillez pour atteindre un peu plus, C1, de manière à ce qu’il n’y ait personne, ou une toute petite partie qui reste en dessous de B2. Mais nous ne sommes pas dans l’automobile,

Maintenant que nous connaissons l’échelle de mesure et les objectifs de l’école, quels sont les résultats ?

30 % de réussite au niveau lycée.

70 % des élèves échouent à atteindre le niveau B2 au baccalauréat.
Ce n’est pas ce que l’on souhaite pour nos enfants.

Que faudrait-il faire ?

Faire plus de la même chose permet rarement de surmonter les problèmes complexes

Nous allons nous y prendre différemment, nous allons adopter la méthode qu’utilisaient les princes et rois et qui produisait des polyglottes incroyables. Frederic II de Hohenstauffen parlait au moins 6 langues latin, grec, sicilien arabe, normand, allemand. Il avait compris pas mal de choses sur le langage et n’hésitait pas à faire des expériences sur du matériel humain…mais c’était une autre période.
Henri VIII d’Angleterre parlait anglais, français, latin, espagnol.

Comment faisaient-ils ?

Prenez un enfant en bas age, et dotez le d’une tétine électronique. La boite reliée à la tétine diffuse une voix différente selon l’amplitude de la succion du bébé. S’il suce à un certain rythme, on lui donne à entendre la voix de sa mère. S’il change de rythme, on lui fait entendre une voix étrangère.
Le résultat est que le bébé adapte sa succion pour entendre la voix de sa mère.
Avec des dispositifs un peu complexes, on a pu prouver qu’il distingue sa langue maternelle de toutes les autres. Il ne fait pas la distinction entre les étrangers, il les mets tous dans le même sac !

Notre compréhension des langues n’est pas génétique, elle n’est pas programmées dans nos cellules, mais elle se développe selon les circonstances. Ce qui est assez logique car notre vision fonctionne de la même manière. Nous voyons certains rayons lumineux, on les appelle visibles, et coup de chance, le soleil émet principalement dans le spectre du visible. Coup de chance ? Pas du tout, notre vue s’adapte au rayonnement présent. Si le soleil se mettait à émettre dans l’infrarouge, les nouveaux nés verraient dans l’infra-rouge.

Pour l’oreille, c’est pareil. Nous avons deux mécanismes pour traiter les sons environnants  :

le tout ou rien, qui permet de discerner le son d’un b du son p par exemple, ce sont les limite catégorielle et tous les bébés qui naissent sur la planète distinguent les mêmes limites, qui correspondent à toutes les limites rencontrées dans toutes les langues de la planète.
le plus ou moins, qui permet d’ajuster un son que nous disons par rapport à un son que nous entendons.
C’est la perception continue. Elle permet d’évaluer la différence entre les sons que nous entendons et ceux que nous produisons.

Un troisième mécanisme ajuste l’appareil articulatoire aux sons perçus par l’oreille. On apprend à parler par ce que l’on entend. Ce mécanisme a besoin de 2 à 5 ans pour stabiliser l’habitude de prononciation. Après, l’accent du petit français est figé, il ne prononcera plus l’anglais comme un locuteur natif de l’anglais.

Nous sommes donc tous capables d’apprendre toutes les langues du monde à la naissance car nous distinguons les sons, tous les bébé entendent les mêmes limites catégorielles et nous entendons la différence entre l’original et notre propre production. Passé l’âge du langage, qui se situe entre 5 et 7 ans, les limites catégorielles et les habitudes articulatoires qui n’ont pas servi deviennent très difficiles à activer.

Nous allons continuer notre expérience avec notre bébé français. Trempons le dans un bain linguistique où 2 langues sont présentes. Il va grandir en deux langues et apprendra à parler en deux langues. Nous aurons un bilingue.

Peu importe les deux langues en présence, en soi, aucun couple de langue n’est plus désirable qu’un autre et je respecte toutes les combinaisons. Je suis persuadé qu’elles enrichissent leurs locuteurs. Un bilinguisme précoce est une chance inouïe pour l’enfant et peut concerner n’importe quelles langues, qu’elles soient similaires ou très différentes. Je considère que toutes les langues ont la même valeur humaine.

Si on trempe cet enfant dans une troisième langue, il peut également l’absorber.
Trempons le dans le chinois, et il comptera en chinois.

(Voix de l’enfant)

Ce n’est peut être pas très orthodoxe, certainement mal prononcé, peut être un peu mélangé avec le japonais, mais ce n’est pas grave.
Le bilinguisme précoce de l’enfant prépare à l’apprentissage d’autres langues par la suite. C’est un moyen indirect et très zen d’atteindre vos objectifs.

A cet âge, une langue rentre facilement mais peut être perdue assez facilement.
Il faut dire qu’on apprend les notions qu’une seule fois, elle se stockent sous deux forme mais au même endroit que la langue maternelle. On apprend à lire qu’une seule fois, dans la seconde langue, on n’apprend que le complément et ce qui diffère. On ne va pas entrer dans les détails, car on pourrait y passer la journée, et je dirais vite des choses fausses si je commence à traiter en détail toutes les aires qui gouvernent le langage dans notre cerveau.

Tout cela est cohérent avec les autres caractéristiques de notre espèce. Notre cerveau est devenu tellement grand, par rapport à d’autres mammifère, que nous naissons de manière prématurée. On n’arriverait plus à sortir ! A cause de cela, nous avons une période de développement postnatal particulièrement longue. L’environnement a tout le loisir d’influencer le jeune cerveau en cours de développement.
La démarche est de trouver ce qu’il faut faire (Input) pour obtenir le résultat que nous voulons (Output) même si on ne sait pas ce qui se passe au milieu, dans la boite.

Revenons au schéma de l’école et voyons ensemble ce qui diffère avec un bilinguisme précoce.

En quoi l’enfant bilingue précoce est mieux armé pour la vie quand il entre à l’école?

Jusqu’au bac, 18 ans s’écoulent. En France, beaucoup d’enfant sont scolarisés à partir de 2 ans, puis ils sont à la maternelle et enfin ils entrent à l’école primaire à 6 ans. De 0 à 6 ans, c’est le moment idéal pour faire entrer deux langues simultanément. Comment exploite-t-on les langues au sein de l’école ?
Dans la plupart des écoles, on ne l’exploite pas. Durant ces 6 années, il faudrait un contact avec des locuteurs natif, avec une stricte application du principe UPUL.
A partir de 6 ans, on commence à leur enseigner une langue avec des locuteurs francophones.
Second soucis : durant tout le primaire, le volume hebdomadaire est trop faible. Mais si on l’augmente, on n’a plus le temps d’enseigner les autres matières. On ne peut pas s’en sortir ainsi.Vous voyez que ce n’est pas un problème d’enseignant, ni même de compétence ou de méthode, c’est un problème STRUCTUREL. Au lieu d’enseigner la langue, il faut démarrer plus tôt et enseigner les autres matières PAR la langue.

Je me souviens que ma fille ainée, Amy, était dans un site expérimental 6 heures avec l’allemand. Elle n’était pas bilingue, car j’ai commencé l’espéranto quand elle avait 5 ans. Mais dans ce site expérimental, elle avait 6 heures semaine, donc 1 heure 30 par jour durant lesquels l’allemand était utilisé pour faire du sport, des chants et du bricolage. Peut-être qu’ils ne faisaient pas vraiment 1h30 mais uniquement 30 minutes par jour. J’ose penser que cette précocité, associée aux autres actions que nous avons menées, est un facteur de succès de son niveau d’allemand actuel.
Au collège, ils vont faire un peu plus de langues et essayer d’atteindre A2.
Au lycée, ils réduisent le nombre d’heure, car ils les partagent entre deux langues, et doivent franchir deux niveaux B1 et B2. Or nous avons vu que la marche est de plus en plus haute. Voilà pourquoi cela ne peut pas fonctionner.
C’est trop tard, et trop peu d’heures. L’école est un bon complément, mais un complément de rien, cela ne fonctionne pas. Vous devez vous occuper de la première partie, personne ne le fera à votre place. Et le système est aveugle sur le phénomène. Quand un enfant réussit, on attribue son succès à l’école sans voir les autres causes. Les enseignants disent de mes filles qu’elles sont douées en langues sans vouloir comprendre que leur bilinguisme avec l’espéranto qui est la cause de ce don. Elles ont peut-être reçu un don, mais c’est moi qui l’ai planifié depuis 10 ans !

Que se passe-t-il chez un bilingue précoce ?

Est-ce que son niveau de français sera menacé ?
Démonstration par les horaires.
Prenons une semaine de 7 jours, cela nous permettra de comparer un enfant soumis à quelques cours de langue par semaine avec un enfant dans une école bilingue paritaire, et un enfant de couple mixte.
A l’horizontal, 7 jours. Verticalement, 24 heures.
Un tiers est passé à dormir, un tiers est passé à vivre, et un tiers passé à l’école, mais pas les mercredi ni les week-end.

Pour simplifier, enlevons les nuits pour raisonner sur 16 heures par jour. Et on considère que toute la vie se déroule dans une langue, en VERT, et les cours de langue, dans une autre langue (GRIS).
Vous voyez que cela ne pèse pas très lourd. Cela pourrait être suffisant si c’était tous les jours et une vraie immersion. Dans une école normale, 4 heures à 4 heures trente de cours de langue par semaine ne représentent presque rien dans la vie normale d’un enfant. C’est pour cela que la langue de la vie, le vert est ultra dominante.

Dans une école normale, avec les contraintes logistiques, c’est plus souvent deux fois par semaine qu’un peu tous les jours. Ce qui est beaucoup moins bon du point de vue de la continuité de l’effort.
Vis à vis de cet aspect, un effort familial a plus de chances d’être répété tous les jours, week-en inclus.

Dans une école bilingue paritaire

Dans une école bilingue paritaire, c’est à dire qui enseigne la moitié du temps avec un professeur d’une autre langue, il n’y a toujours pas de quoi s’inquiéter pour la langue dominante dans le milieu. C’est pour cela que certains rapport d’étude sur les écoles ABCM Zweisprachigkeit préconisaient de monter à 60 % du temps en allemand.
Dans une ikastola basque à immersion précoce, même si vous faites tout en basque à la maternelle et que le reste de la société fonctionne en français, on est à peine à l’équilibre.

Les enfant couples bilingues

Pour les enfants de couples bilingues, la situation est différente mais ne présente pas non plus l’équilibre. Il faut bien comprendre que même dans ce cas, qui est la référence pour le bilinguisme précoce, l’enfant ne grandit pas dans deux pays en même temps. Il y a peut être des exceptions d’enfants bilingues dans des couples mixtes de pays où les deux langues cohabitent vraiment, au Québec et en Afrique peut être, mais dans nos sociétés basées sur l’écrit et les médias audiovisuels, ce n’est pas le cas.

Quand on accueille une jeune fille au-pair

Quand nous accueillons une étrangère, que cela soit une jeune fille au pair ou une jeune allemande qu’on scolarise avec nos filles, on arrive à inverser l’ordre des langues.

C’est par contre la situation d’enfants de migrant qui continuent à parler leur langue maternelle chez eux. Et que remarquez-vous ?

Tout ce que nous avons dit auparavant est toujours valide, à la condition d’inverser l’ordre des langues. Quand les enfants sont jeunes, le français n’est donné que par l’école. Donc il est très important que ces familles dosent l’apport de français car ils peuvent rencontrer des soucis si l’enfant n’est pas assez au contact d’un français de bon niveau durant les 6 premières années. Ils ont potentiellement une situation intéressante mais qui peut être difficile à piloter, pour des questions de statuts entre les deux langues. On ne va pas entrer dans les détails du pilotage d’un projet de bilinguisme précoce aujourd’hui, mais on va quand même finir par les grandes lignes.

Mais si on se met commence à regarder sur l’année entière, ce sont des situations qui ne représentent pas plus de 2 mois par an.

Si on commence à regarder sur l’année entière, l’écart se creuse encore entre ceux qui n’ont que l’école.

Année complète avec famille et école

Les bilingues qui bénéficient d’une stimulation hors scolaire, tous les jours avec leur parent, les week-end et durant les vacances où les langues peuvent s’équilibrer, voire s’inverser si les parents font ce qu’il faut pour obtenir l’effet voulu.

4 cas de bilinguisme précoce

Mon analyse est que nous avons tous des atouts en main pour créer la base sur laquelle l’école va apporter un complément. Le cas de référence est celui du couple mixte. Le couple mixte dans un pays tiers, c’est un peu plus compliqué mais cela ne change pas fondamentalement. Les migrants rencontrent des problèmes mais ont des atouts. Le dernier cas, qui était le mien, a peu d’atouts en main. Mais il peut décider d’adopter une seconde langue familiale, et même l’espéranto. Dans le
tour du monde des bilingues, vous verrez des exemples de tous les types.

Nous avons tous des atouts en main mais chaque situation est différente en fonction du père ou de la mère, du fait des grand parents, que l’école enseigne la langue, que la langue soit prestigieuse ou pas, qu’il y ait diglossie, que des livres et films soient disponibles ou que le pays soit loin ou pas.
Dans tous les cas, on peut piloter de la même manière à l’aide des 5 étapes de focalisation sur la contrainte.

Les 5 étapes de focalisation

(1)Nous avons identifié la contrainte au début du projet : c’est le temps de contact de l’enfant avec la langue 2
(2)UPUL est une manière d’exploiter la contrainte. Enseigner le sport et les maths en langue 2 est une manière d’exploiter la contrainte.
(3)C’est l’étape la plus dur, car elle concerne les autres. C’est s’affranchir du regard des autres quand on applique UPUL en société. C’est se protéger des autres
(4) intensifier Introduire un enfant autrophone dans le foyer est une intensification, nous l’avons vu avec les schéma horaires.

Au début, l’enfant n’a pas besoin de savoir pourquoi parler en plusieurs langue. Il remplit ses besoins de communication avec ses parents, puis entre 8 et 13 ans, il passe à une compétence textuelle et enfin accède à des compétences cognitive (l’abstraction la complexité).
Dans la langue 1, tout se déroule naturellement. Dans la langue 2, le passage ) l’écrit ne vas pas de soi. Il peut devenir la contrainte. C’est pour cela qu’il faut en permanence s’interroger (étape 5). Avec les langues 2, on a la dissonance linguistique du bilingue (Dessiner et expliquer)
Ne cherchez pas à faire un travail que l’école peut et va faire à votre place.

Le niveau C1

En menant les 5 étapes, on peut piloter le projet tout au long des 18 ans et franchir les 3 niveaux (orale, écrit, cognitives). Notre travail est de créer des situation qui font que l’on obtient ce que l’on désire obtenir.

Au delà, ce sera à vos enfants de jouer. Pour atteindre C1, il faut beaucoup plus d’heures que pour les niveaux précédents; et quand on les rapporte aux années universitaires, on voit qu’il faut 4 années à moins de passer tout son temps en cours de langue ou à l’étranger.

Le niveau C2

Mon expérience, c’est qu’on ne peut atteindre C2 sans investir des dizaines de milliers d’heures dans la langue. Ce n’est faisable qu’en vivant dans le pays.

Conclusion

En conclusion, l’école est utile mais elle ne peut pas faire plus aujourd’hui. L’école est un complément du terrain que vous aurez préparé :

        • en ouvrant l’oreille le plus tôt possible
          (peu importe la langue, si elle est éloignée du point de vue des sons, tant mieux, si elle est proche pour le lexique, vous profiterez des transferts, si elle est proche de la réalité de l’enfant, ce sera plus facile)
        • mieux vaut un peu tous les jours qu’un gros paquet concentré sur une journée.
        • ce n’est pas parce qu’un produit n’existe pas que vous ne pouvez pas l’avoir.

L’école vous donnera la partie complémentaire, l’écrit, la grammaire, la correction mais un complément de rien fonctionne mal.
Si vous préparer le terrain, vous aurez peut être des résultats comme ceux que vous trouvez dans le tour du monde des bilingues.

Et l’impossible sera devenu réalité.

ouvrez-cerveau-petit Découvrez
les 7 clés pour donner une seconde langue naturellement à votre enfant en vous inscrivant ci-dessous :
pour recevoir des conseils pour ouvrir le cerveau de vos enfants à 2 langues. En cadeau, je vous offre mon livre et des interviews inspirants ! Conformément à la loi "informatique et liberté" du 6 janvier 1978 modifiée en 2004, vous disposez d'un droit d'accès et de modification de vos données que vous pouvez exercer dans chaque message reçu, et cette liste est déclarée à la CNIL sous le n°1652673.

4 Responses to Séminaire sur les raisons de l’échec des enfants à l’école en langues étrangères

  1. Ginette MARTIN

    Tre interesa vivplena prelego.
    Cyrille tre klare parolas kaj konvinkis min pri la utilo de frua lernado de pluraj lingvoj.
    Mi sxatus koni la nivelon de lia filino en la angla, cxar bedauxrinde la nunaj homoj vidas nur la anglan kiel savzonon por siaj infanoj.
    Mi ne dubas, ke ankaux en la angla sxi havas, aux havos, suficxan kapablon, sed tio devas esti dirita kiel plua argumento.

  2. Aurelie Papillon-Signe

    Article super intéressant !
    C’est vrai que le bilinguisme peut être accessible aux familles « monoglotte », je ne sais pas si on peut le dire comme ça. Par contre cela impose d’y croire et de se mettre une discipline : se mettre en situation de langue 2, un peu tous les jours et dans un cadre ludique pour l’enfant.

    Les parents entendants, d’enfants sourds, malentendants ou avec difficultés de langage, se sentent souvent démunis comme ils se sentent démunis pour apprendre une seconde langue, la langue des signes … qu’ils ne connaissent pas.

    L’autre problème, c’est effectivement s’affranchir du regard des autres : beaucoup de personnes ont « honte » ou « peur » de signer en public (pour des raisons culturelles et historiques). Cependant pour les nouvelles générations, c’est aussi la peur d’être maladroits, de « mal signer » (signer = parler avec la langue des signes). C’est vrai que la langue des signes est une LANGUE, avec des règles, une sémantique, une grammaire, du vocabulaire précis.

    Même si on se trompe au début, les parents sont davantage enthousiastes d’essayer et de progresser dans la communication AVEC leurs enfants. Que les enfants soient appareillés ou pas, implantés ou pas, la langue des signes est une langue irremplaçable ! C’est la langue de base pour aller ensuite vers le bilinguisme « LSF-français écrit ».

    A noter : le français oral n’est pas le seul et unique moyen d’expression. Beaucoup d’enfants en situation de handicap, ne peuvent pas oraliser, ou sont mal à l’aise pour oraliser (muets, autistes, trisomiques, troubles du langage, sourds …)

    C’est d’autant plus important : l’enfant sourd a besoin de la langue des signes, c’est son identité de sourd, identité individuelle et culturelle, au-delà du handicap. Si ses parents ne signent pas …. la communication naturelle, spontanée, sans effort, sera rompue dans la famille.

    En France, l’école n’est pas adaptée pour le bilinguisme LSF-français écrit. Ce n’est pas elle qui va, en plus, initier/consolider la communication aux seins des familles !

    L’engagement des familles dans le bilinguisme est FONDAMENTAL, notamment pour les enfants sourds et malentendants. Une pétition circule sur AVAAZ pour soutenir les parents, leurs enfants, les écoles, les professeurs Sourds :

    Venez soutenir le bilinguisme des familles et des enfants sourds.
    Chaque vote compte ! Merci

    Aurélie Papillon-Signe

    • elisabeth

      Après des décennies , que dis-je , des siècles,de bagarre Français / LSF je me suis dit que pour y mettre autant d’acharnement c’est que les deux devaient avoir raison! ben oui le bilinguisme y’a que ça de vrai!
      La LSF (je fais court) ça rend intelligent et ça permet de s’exprimer avant de savoir/pouvoir parler (c’est la grande mode ici à New York de mettre les BB à la LS);
      Le français (ou n’importe quelle langue du pays où l’on vit) c’est quand même sacrément indispensable sinon comment on fait pour se débrouiller si on est illettré?!

      Y’a qu’un problème c’est qu’une langue ne s’apprend pas « par l’écrit » (ce serait trop facile: on lirait « die Welt « et « la Stampa » et crac on deviendrait germanophone ou italianophone.)

      Une langue s’ELABORE à partir des « afférences visuelles ou auditives  » (ce qu’on reçoit par la vue ou par l’audition); elle se construit petit bout par petit bout (phonème par phonème) et après on combine les phonèmes et on créée des mots,on combine les mots et on fait des phrases et après c’est « le grand large » comme dit Bentolila.
      Quand on a pas d’oreilles on a des yeux et on peut recevoir la langue et l’élaborer selon le même processus que les entendants; on est pas obligé de parler si on veut/peut pas! (bien qu’aujourd’hui n’importe quel sourd peut parler et sans tortures orthophoniques!)
      cette méthode s’appelle le Cued Speech (www.NCSA aux USA ou LPC en france).
      Un enfant qui a la LSF+ le LPC sera parfaitement bilingue et sans plus de peine qu’un entendant.Il vivra dans ses deux mondes: le monde sourd et le monde entendant, celui du pays où il vit.

      Ne demandez pas aux parents de devenir des génies en LSF ils n’égaleront jamais leurs enfants sourds; pas plus que je ne demande au père Américain d’apprendre le Français pour parler à son gamin bilingue: sa mère Française ou ses copains d’école s’en chargent ; dans les familles bilingues chaque parent doit parler sa propre langue puisque c’est la seule qu’il maîtrise parfaitement; ce qui n’empêche évidemment pas le parent « étranger » de parler aussi l’autre langue.C’est cool que les parents entendants signent mais leur LSF n’aura jamais leur niveau de français.

      D’autre part la LSF ne mène pas au Français écrit ou alors à force d’heures et d’heures de travail (et de souffrance) et pour un résultat médiocre.
      Il faut d’abord connaître une langue « à l’oral » pour pouvoir la lire (lire c’est reconnaître à l’écrit une langue qu’on connait déjà à l’oral) et écrire c’est mettre en graphèmes les phonèmes qu’on connaît pour les avoir acquis de la même manière.

      Regardez les sites LPC et LSF: les deux sont indispensables parce que les sourds appartiennent à deux mondes, comme beaucoup d’entre nous aujourd’hui.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *