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Une interprète dans un roman

Posted by on 29 juin 2013

Je vous propose aujourd’hui l’interview de Jenny Sigot Müller. Elle est interprète de conférence et a écrit un roman, Entre deux voix qui met en scène une jeune interprète au début de sa carrière.

Jenny Sigot Müller

Crédits photos : Jenny Sigot Müller

Voici la transcription in extenso de l’interview.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Jenny bonsoir. Merci d’avoir accepté cette interview. Vous êtes l’auteur d’un roman qui parle d’interprétation. Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus sur votre parcours et sur ce livre ?

Jenny Sigot Müller: Oui, volontiers. Mon parcours? Je viens de la région de Saumur, en France, où j’ai grandi avec mes parents. Ma mère est professeur de lettres et mon père instituteur. Donc très tôt j’ai lu beaucoup et on a voyagé avec mes parents. On est allé en Angleterre, en Allemagne, en Russie et très tôt j’ai découvert les cultures étrangères, par exemple la culture russe ou la culture anglo-saxonne. Mes parents sont des personnes très curieuses et on a donc eu ce contact avec les cultures étrangères très tôt dans la famille.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Vous avez grandi donc de manière monolingue du coup ?

Jenny Sigot Müller: Exactement. Le français est ma langue maternelle mais comme on a beaucoup voyagé, en fait, j’ai entendu de l’anglais alors que j’étais toute petite et on avait l’habitude de regarder les films en version originale. Cela veut dire que j’entendais des films en anglais ou en russe ou en allemand, donc très jeune j’ai entendu des consonances étrangères et je les ai découvertes. J’ai beaucoup lu, alors je lisais en français bien sûr, mais grâce à ma mère, j’ai découvert Tchékhov La Mouette, grâce à mon père j’ai découvert Dostoïevski ou encore d’autres auteurs. Ma mère m’a beaucoup parlé aussi des sœurs Brontë.

J’étais très curieuse très tôt également. Et j’ai beaucoup aimé les langues, j’ai beaucoup aimé ce contact avec l’autre, l’autre culture, l’autre personne et ces dimensions interculturelles. Donc je pense que cela fait très longtemps, inconsciemment, que je souhaitais travailler avec les langues.

J’ai mis un peu de temps à m’en apercevoir, j’ai fait d’abord un bac scientifique et j’adorais les sciences également. J’ai un bac S avec option bio et à un moment je me suis demandé si j’allais plutôt rester dans un cursus classique scientifique, donc aller vers médecine ou une branche scientifique, ou au contraire bifurquer à nouveau vers les lettres.

Finalement, j’ai choisi hypokhâgne et khâgne à Nantes et là je me suis rendu compte que je voulais travailler avec les langues et que je voulais me concentrer sur un métier qui utilise les langues. Et c’est ensuite que je suis partie à Genève, à l’Ecole de traduction et d’interprétation, puis j’ai fait des stages en tant que traductrice, par exemple à la Chancellerie à Berne ou au CERN à Genève, avant de suivre mes études d’interprète à Zurich. C’est après quelques années d’expérience sur le marché de l’interprétation que ce que j’aimais depuis mon enfance – la lecture, l’écriture – est devenu plus fort et que j’ai senti le besoin de prendre des notes. Pendant de nombreuses années après mes conférences, je notais des détails ou des sensations, des impressions, des points que j’avais remarqués, ou encore à partir de notes que j’écrivais, je créais autre chose. Quelque chose de plus fictif.

Et c’est après ces quelques années d’expérience sur le marché de l’interprétation que j’ai eu envie d’écrire un roman, parce que Entre deux voix, donc mon roman, est une fiction, c’est-à-dire que l’intrigue est imaginée même si ce livre est fortement inspiré des conférences que j’ai vécues. Donc tout ce qui a trait aux conférences dans le livre est lié au vécu, mais retravaillé bien sûr car il faut respecter la confidentialité des données. Donc les conférences, même légèrement changées, s’inspirent de mon vécu, et en parallèle j’ai créé une intrigue, une histoire que j’ai imaginée de toutes pièces et que j’ai essayé d’intégrer également au récit.

couverture du roman entre deux voix

Photographie : IDRC 2006, Davos

Cyrille, le praticien du bilinguisme : On n’a pas souvent de fictions qui mettent en scène des interprètes. J’ai en tête, je pense que vous connaissez un film avec Nicole Kidman, je ne sais plus si ça s’appelait simplement L’interprète mais à ma connaissance, c’est le seul…

Jenny Sigot Müller: …Nicole Kidman The interpreter ?

Cyrille, le praticien du bilinguisme : …oui…

Jenny Sigot Müller: C’est vrai que c’est assez rare. Il y a des travaux sur l’interprétation, plus scientifiques. Danica Seleskovitch ou Barbara Moser-Mercer par exemple, ont écrit de nombreuses publications…

Cyrille, le praticien du bilinguisme :…oui, j’en ai lu certaines…

Jenny Sigot Müller: …Il y a des études scientifiques de très grande qualité, mais c’est vrai que des fictions sur l’interprétation qui mettent en scène une interprète sont rares.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Quel est l’accueil dans la population des interprètes quand on publie un roman ?

Jenny Sigot Müller: Je ne sais pas par rapport aux autres collègues, mais mon roman a été très bien accueilli ici, et les collègues qui me connaissent sur le marché zurichois ou genevois, donc mes anciens professeurs à Genève ou à Zurich, m’ont beaucoup soutenue et ont parlé du livre à leurs collègues étrangers. Des personnes que je ne connaissais pas parce que c’est quand même un grand marché, évidemment.

Et maintenant, j’ai même des gens qui m’écrivent, par exemple depuis la France; un Australien m’a aussi écrit la semaine dernière pour me dire qu’un collègue parisien lui avait recommandé le livre. Et aussi une interprète russe qui m’a contactée pour me dire qu’elle avait beaucoup aimé le roman. Donc j’avoue que j’ai un accueil très positif du roman. Les gens me demandent tous quand je vais écrire le suivant, donc je pense que c’est un bon point.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Quelle est votre combinaison linguistique aujourd’hui ?

Jenny Sigot Müller: Aujourd’hui, j’ai le français en langue maternelle, et j’interprète également avec l’anglais et l’allemand en langue active et j’apprends aussi le russe.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Le russe aujourd’hui…

Jenny Sigot Müller: …je n’interprète pas encore avec le russe.

Cyrille, le praticien du bilinguisme :…Donc français A, anglais-allemand C ?

Jenny Sigot Müller: Anglais – allemand B.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : B. D’accord.

Jenny Sigot Müller: C’est-à-dire que j’ai fait un anglais B à l’école mais on est de plus en plus appelé sur le marché helvétique à proposer un retour aussi avec l’allemand. Donc en fonction des conférences, il m’arrive parfois de proposer un retour vers l’allemand. Mais à l’école j’ai fait français A, anglais B et allemand C.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Et votre héroïne dans Entre deux voix, quelle est sa combinaison ?

Jenny Sigot Müller: Je ne parle pas de conférence vers l’allemand, je ne l’ai pas spécifié, mais en tout cas, elle a un français A et un anglais B et travaille aussi avec l’allemand mais je n’ai pas parlé de conférence avec le retour. Et je souligne aussi qu’elle maîtrise le russe. C’est vrai qu’il n’y a pas non plus de conférence avec le russe. Donc, oui, c’est à peu près ma combinaison.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Est-ce que le roman fait une grande place à l’ambiance dans une équipe d’interprètes et à l’ambiance dans la cabine ?

Jenny Sigot Müller: Oui, mais c’est vraiment une fiction…En fait, ce qui m’a plu, c’est cet espace restreint mais en général, l’ambiance sur le marché est très bonne et moi par exemple, j’ai été très soutenue par mes professeurs et par mes collègues mais ce qui me plaisait, c’était justement l’espace restreint de la cabine. Et c’est de là qu’est venue cette idée de créer une tension, donc un affrontement entre deux personnes. Mais bien sûr, cela pourrait aussi se passer dans n’importe quel métier. Mais j’ai privilégié le fait que cela se passe dans une cabine avec cette promiscuité, avec cette impossibilité de sortir, on est très proche de l’autre parce que, vraiment dans une cabine, on se touche presque, l’espace est extrêmement restreint, et c’est pour cela que j’ai voulu exacerber ce sentiment de promiscuité et de tension. Donc c’est de là qu’est née l’idée de construire une intrigue de confrontation entre deux personnes. Mais cela ne reflète pas le marché tel que je le connais. Peut-être que cela existe sur d’autres marchés mais, je pense, de façon moins exagérée. Bien sûr, la fiction me permet d’exacerber les sentiments, de créer des situations extrêmes. Et c’est ce qui me plaisait d’ailleurs.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Bien sûr. Et si dans les fictions on ne fait que des choses coutumières et habituelles, cela n’intéresse plus personne (rire).

Jenny Sigot Müller: Oui, exactement ! et je voulais vraiment écrire un roman à suspense, donc c’est pour cela que j’ai eu cette idée de faire entrer sur scène une jeune collègue et de lui montrer à quel point la présence d’une autre personne si proche pouvait poser problème.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Est-ce que c’est un moment critique cette entrée dans le métier, les premières conférences, les premières fois qu’on se met aux commandes ?

Jenny Sigot Müller: C’est un moment très important dans la carrière d’un interprète et d’ailleurs dans le roman je dis que si Sonia, l’héroïne, a le malheur de mal interpréter lors de sa première conférence, cela peut avoir des répercussions désastreuses sur sa future carrière, à savoir que peut-être, il n’y aura même pas de carrière.

Et c’est vrai, on nous le dit toujours à l’école, il faut attendre et se sentir prêt avant de se lancer. Il faut vraiment travailler très dur et c’est seulement quand on a l’impression d’avoir atteint un niveau minimal qu’on peut se lancer. C’est-à-dire qu’on peut faire aussi des bénévolats avant d’entrer sur le marché en tant que tel. Et c’est d’ailleurs recommandé.

Sonia, dans le roman, se lance directement mais c’est de nouveau pour la fiction, pour créer une situation très forte lors de la première conférence. Mais par exemple, mon expérience personnelle est la suivante, j’ai assuré des bénévolats à l’ONU ou lors d’autres conférences, en partie lors de mes études à Zurich. Et cela permet de se sentir prêt et de voir quand on peut accepter des conférences en situation réelle parce que la pression est assez élevée et il vaut mieux réussir ses premières conférences véritables. Sinon, peut-être n’aura-t-on plus de recommandations après.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Merci pour ces conseils pour tous les jeunes interprètes et j’espère que dans nos lecteurs, beaucoup trouveront l’inspiration et seront intéressés par votre roman .

Jenny Sigot Müller: J’espère beaucoup, en effet .

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Merci à Jenny et on vous souhaite donc un bon parcours.

Jenny Sigot Müller: Merci ! Merci beaucoup à vous. Je ne peux que recommander ce métier, c’est un métier vraiment passionnant, et j’ai écrit ce roman aussi pour le partager avec les étudiants en interprétation et avec mes collègues, également avec ma famille, avec mes parents, avec mon époux, avec mon petit garçon Adrien. Je trouve que c’est un métier qui procure énormément de sensations, énormément de connaissances, mais qui est méconnu. C’est pour cela aussi que j’ai écrit ce roman. J’avais envie de partager toutes ces expériences et de montrer à quel point ce métier a de nombreuses facettes et mérite d’être encore plus découvert.

Est-ce que vous connaissiez le métier d’interprète ?

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