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Comment gérer la frustration quand nos plans échouent ?

Posted by on 7 août 2012

Une fois n’est pas coutume, je vais relater un échec. Oui, l’échec est toujours présent dans la difficile voie vers l’éducation bilingue. Le succès n’est pas garanti et toute initiative peut échouer. Par manque de préparation de la part des parents, par manque de motivation de la part de l’enfant, ou par l’intervention d’un facteur extérieur. En voici un qui m’a mis en colère.

Lundi dernier, je reçois une lettre du collège de ma fille :

Vous avez sollicité l’inscription de votre fille en section européenne « allemand » pour la rentrée prochaine. Je suis au regret de vous informer de l’impossibilité de cette inscription. Le nombre d’élèves souhaitant cette option est bien trop réduit pour en maintenir l’ouverture.

 Cette section propose une heure de mathématiques et une heure d’histoire en langue allemande en classe de quatrième. L’intérêt est multiple. D’un côté, les enfants ont un usage pratique de la langue dans une situation communicationnelle qui n’a pas besoin d’être créée à chaque cours de langue. Ils n’étudient pas la langue, ils s’en servent. Et cela change tout. Le besoin d’apprendre en mathématiques ou en histoire fournit les mots et les occasions de s’en servir. L’attention n’est pas principalement focalisée sur le code qui sert à transmettre l’information mais sur l’information elle-même.

 

Image de vitrine

DR. La langue a un autre goût quand elle est consommée sur place.

D’un autre côté, l’enfant traite en allemand de manière préférentielle l’histoire de l’Allemagne et ses relations avec la France. Cet aspect culturel est très important dans la communication interculturelle. De complet ignorants parlant parfaitement en maîtrisant l’accusatif pourraient-ils décrypter la société dans laquelle ils sont sensés communiquer ? J’en doute fort. Je préfère l’idée qu’un bilingue est un caméléon qui passe pour un allemand en Allemagne, un français en France, un polyglotte conscient des différences dans une assemblée multilingue.

Enfin, un dernier avantage de l’intégration dans le système scolaire est à considérer. Ces heures additionnelle auraient été perçues comme un acte normal de la vie normale. Parfaitement intégrées dans l’emploi du temps, leur bénéfice n’aurait pas nécessité d’effort supplémentaire par rapport au fait d’aller simplement à l’école en France tous les jours. Alors, comment diable est-on arrivé à ce qu’il n’y ait pas assez de candidats en section européenne allemand en Alsace, dans une région qui était de langue maternelle germanique ?

 

 Qu’est-ce qui explique le peu d’intérêt pour l’allemand en Alsace ?

 

On ne peut pas dire que les instances ne s’y intéressent pas. Toute la blogosphère, qui compte dans le bilinguisme, se fait actuellement l’écho de l’initiative des 3 présidents de l’exécutif de la région Alsace et des deux Départements pour demander à l’état plus de soutien à la filière bilingue. Ces 3 collectivités financent l’OLCA et les filières bilingues. Plusieurs millions d’euros d’argent public sont injectés chaque année pour l’usage précoce de l’allemand à l’école. Cette fois, les revendications mettent en avant l’aspect économique et des chiffres du chômage. C’est bien rare en matière de langue que l’on prenne en compte la réalité de manière rationnelle car ce sont d’habitudes les émotions qui pilotent en matière de langues. C’est un grand pas de franchit collectivement.

Dans les familles, l’intérêt économique ne me semble pas vraiment perçu par le plus grand nombre. Aurions-nous dû nous charger d’une petite campagne de promotion auprès des familles du collège ? Une des piste est peut être simplement que les enfants n’ont pas le niveau requis pour utiliser la langue dans les deux matières proposées ou ne se sentent pas suffisamment en confiance pour progresser au cours de l’année. Peut-être n’ont-ils pas le niveau pour utiliser la langue d’aucune manière ! Si c’est le cas, je suis persuadé qu’ils n’en sont pas responsables. Le système d’enseignement les a conduit dans cette impasse.

 

Des décisions aux conséquences visibles pendant plusieurs décennies

 

Je profite de vacances dans les monts métallifères aux confins de l’Allemagne et de la république Tchèque pour glaner des témoignages sur les pratiques du bilinguisme en famille en Europe. Je vous parlerai de cet aspect bientôt, mais en attendant, du point de vue personnel, je constate combien je souffre pour comprendre le dialecte local qui ignore littéralement certaines voyelles. C’est comme si certaines fréquences manquaient. J’ai parfois l’impression de revenir quelques années en arrière, quand la voix sur internet fonctionnait moins bien et que les algorithmes de compression enlevaient certains silences. Les sons s’enchainaient les uns aux autres et rendaient l’ensemble très artificiel et très fatigant. Nous visitons l’écomusée de Seiffen et discutons avec un tourneur sur bois qui prépare des jouets à l’ancienne. Mes amis munichois servent d’interprète mais ils doivent redoubler d’attention. Si je comprends si mal l’allemand, c’est justement que je n’ai pas eu la chance de grandir en deux langues. Ce n’est qu’une langue apprise à l’école et la moindre variation locale rend la communication très éprouvante. Si c’était une de mes langues maternelles, la situation serait toute autre. Trente ans après, j’éprouve toujours les conséquences d’une politique d’éradication des langues régionales en France qui m’a dégoûté de l’allemand. Et visiblement, bien peu de choses ont changé depuis.

Image artisan

DR. Tourneur sur bois fabricant des jouets en bois dans l’Erzgebirge.

 

Notre avenir, celui d’une région pas particulièrement bilingue ?

 

Dans les monts métallifères, le monde germanique jouxte le monde slave. La région est-elle bilingue pour autant ? Pas vraiment. Ça et là quelques indications sont en Tchèque mais elles semblent se faire très rares à plus de 10 kilomètres de la frontière. Les indications du musée sont partiellement disponibles en Tchèque mais le logo Européen accompagnant la mention des fonds du Feder ne doit pas être étranger à cette présence. De l’autre côté de la frontière en Tchéquie, ce n’est guère mieux puisque l’allemand est invisible dans l’espace public. Est-cela l’avenir de l’Alsace ? Se retrouver isolée aux confins de deux mondes en plein cœur de l’Europe ?

 

Pour ma part, je préfère me concentrer sur les conséquences pratiques en matière de multilinguisme pour mes enfants.

 

Est-ce une grande perte de ne pas avoir accès à cette section européenne ?

 

Si on considère 30 semaines de classe à raison de 2 heures hebdomadaires, nous avons perdu 60 heures. A raison de 16 heures par jour disponibles, c’est une perte équivalente à 4 jours et demi d’immersion en Allemagne, qui semblent bien peu de choses. mais à force de considérer que chaque élément de l’environnement scolaire ne vaut pas grand chose, je pourrais finir par me demander pourquoi nous envoyons nos enfants pendant 20 ans s’asseoir sur un banc dans une salle de classe. Il ne peut pas s’agir que de quantité !

Il s’agit d’autre chose. Je suis furieux parce que nous avons perdu la régularité de l’effort, nous avons perdu l’utilisation formelle de l’écrit et nous avons perdu également la capacité de correction de l’enseignant. La maitrise de tous ces éléments est ce qui distingue une personne éduquée d’une personne mal dégrossie. Nous avons également perdu l’action immédiate en remettant à demain une éventuelle action compensatoire. Nous avons perdu un temps précieux par rapport à la maturité de notre fille.

En termes quantitatifs, si l’on considère qu’elle aura passé 5 semaines cet été en Allemagne sans parler français, cela semble une perte très acceptable, mais en termes qualitatifs, c’est une perte irremplaçable.

 

Nous avons également perdu l’insertion dans une action collective. Être ensemble avec ses amis et étudier en deux langues est une expérience qui rend le bilinguisme banal. Au contraire, être obligé de s’expatrier dans une école allemande au mois de juillet renforce la différence avec les camarades de classe monolingues. A l’adolescence, tout facteur de différentiation n’est pas le bienvenu car c’est un âge où les adolescents ont besoin de construire leur identité en appartenant à un groupe. Le bilinguisme scolaire fonctionne d’autant mieux que le groupe qui le met en œuvre représente une forte proportion de la population.

 

Comment réagir au niveau individuel, quelle mesure d’atténuation pouvons nous mettre en œuvre ?

 

Un couple germano-britannique laisse ses enfants deux semaines en stage d’équitation dans le pays de Bade sur le chemin du retour. Dois-t-on faire pareil et leur trouver une fois de plus un point de chute en terre étrangère ? Qu’en pensez-vous ?

 

 

 

 

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