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Interview d’Eva bilingue espagnol-anglais

Posted by on 2 mars 2013

Le tour du monde des bilingues fait escale aujourd’hui en Floride, avec l’interview d’Eva qui a changé de langue dominante à l’âge de 11 ans. Je vous laisse découvrir dans quelles circonstances elle a atteint le niveau professionnel en français, et qu’elles sont les 3 autres langues qu’elle parle en plus de son bilinguisme. Eva donne des cours de français et est une polyglotte remarquable à tous points de vue 🙂

Voici une transcription in extenso du dialogue.

Cyrille, le praticien du bilinguisme :Bonjour Eva, merci d’avoir accepté cette interview. tu es polyglotte, multilingue, et bilingue je suppose. Est-ce que tu peux me dire dans quelles langues ?

Eva : je considère que je suis bilingue, donc en français, puis en anglais, en espagnol et en portugais.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Et quelle est ta langue maternelle ?

Eva : C’est l’espagnol, en fait.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Ta langue la plus forte, c’ est l’espagnol ?

Eva : Je dirais qu’au même niveau, en fait, l’anglais, l’espagnol, c’est pratiquement la même chose, parce que mes parents sont tous les deux Péruviens. Moi je suis née au Pérou, et je commençais à apprendre l’anglais à l’âge de 11 ans.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Si tard ?

Eva : Oui !

Cyrille, le praticien du bilinguisme :Est-ce que ça signifie que tes parents n’utilisaient pas l’anglais chez vous au Pérou ?

Eva : Exactement. Mes parents ne savaient pas comment parler l’anglais, en fait. Ils sont venus ici, aux Etats-Unis, une fois mais c’était plus pour un petit voyage mais ils ne m’ont jamais parlé en anglais .En fait, ce n’était que l’espagnol. Quand j’étais à l’école, j’étais scolarisée en espagnol, jamais en anglais au Pérou. Mais quand je suis partie du Pérou, je me suis installée en Bolivie, et après ça au Guatemala, c’était juste au Guatemala où j’ai commencé à apprendre l’anglais. Mais c’était pratiquement un cours très basique, c’était juste seulement élémentaire, c’était juste les couleurs, et des phrases comme How are you ? How are you this morning

, juste ça. Et après ça, je me suis installée aux Etats-Unis, à l’âge de 11 ans. Donc, je n’ai pas eu pratiquement des contacts avec des gens qui parlaient l’anglais avant l’âge de 11 ans .

Cyrille, le praticien du bilinguisme : C’est assez tard finalement pour changer de langue de scolarisation ?

Eva : Je crois que ce n’est pas justement la langue parce c’est aussi que quand on ajoute une langue, on apprend une culture tout à fait différente, donc, ce n’est pas justement le cas d’apprendre l’anglais à part de l’espagnol mais c’est que la culture américaine est tout à fait différente de la culture latino. Donc pour moi c’était difficile parce que en fait, la religion est différente, la façon dont les gens commencent à faire des amis est différente. Pour la plupart, je trouvais un peu difficile aussi d’apprendre l’anglais parce que la majorité de mes amis, à l’époque où je me suis installée ici, ils venaient de famille où le père et la mère sont divorcés. Et c’était un peu difficile si je voulais passer du temps avec une amie, parce que je devais quelquefois aller chez son père quelquefois chez sa mère, donc ce n’est pas justement une langue mais c’est aussi la culture et aussi les coutumes , c’est aussi la façon d’être d’un peuple. Donc je trouve que c’est pour ça que c’était difficile pour moi. Mais aussi quand je suis entrée à l’école, ici aux Etats-Unis, le directeur de l’école, parce que je suis entrée après que le premier semestre était déjà finalisé, le Directeur a dit à ma mère Eva a trois mois pour apprendre l’anglais à un certain niveau. Si elle ne peut pas le parler après ce temps-là, elle ne pourra pas rester dans cette école. Et c’était la seule école en fait qui était à côté de l’endroit où mes parents se sont installés. Et ça c’était un peu difficile. J’ai eu la chance d’avoir une prof qui passait trois heures chaque jour, après l’école, pour me donner des leçons en anglais, pour que je puisse apprendre l’anglais plus facilement.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Est-ce que à ce moment-là, tu as eu un support en espagnol ?

Eva : Non, je n’en avais pas.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Donc, tu es passée d’une vie à 100% espagnole à une école à 100% anglaise comme ça ?

Eva : Oui, il n’y avait pas l’espagnol en fait. Personne ne parlait l’espagnol à l’école. Mes amis et les autres enfants qui étaient dans la même classe, ils ne parlaient pas l’espagnol. En fait, je trouve que, mes parents et moi, on s’est installés aux Etats-Unis avant, tu vois tous ces immigrés, qui pour le moment on voit tout le temps, qui viennent toute l’Amérique latine, avant que ces mouvements aient vraiment commencé aux Etats-Unis…

Cyrille, le praticien du bilinguisme : …donc c’était nouveau ?

Eva : …oui, pour moi je trouve que c’était très difficile.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Cela le saurait à moins (rire)?

Eva : (rire).

Cyrille, le praticien du bilinguisme : A ce moment là, tu savais déjà lire, je suppose, en espagnol ?

Eva : Oui, à cette époque là, je savais comment lire l’espagnol et bien sûr parler en espagnol.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Et le passage à l’écrit en anglais, qu’est-ce que ça a donné ? Combien de temps ? Est-ce que ça a nécessité plus de trois mois ou est-ce que cela s’est fait de manière concomitante avec l’oral ?

Eva : Je devais avoir les deux. Mais je sais que à cette époque là, la partie orale c’était plus facile pour moi que la partie écrite, parce que, en espagnol par rapport à l’anglais, je suis sûre que tu le sais déjà, c’est qu’en espagnol, on écrit tout ce qu’on entend, par rapport en français et pas en anglais.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Oui, ma question était intéressée, c’est exact, ma question portait vraiment là-dessus, l’anglais est difficile à écrire et il n’est pas logique du tout.

Eva : Exactement  (rire)!

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Comment as-tu appris le français par la suite?

Eva : Je suis allé à Paris à l’âge de 15 ans. Je n’y passais qu’une semaine. Je suis tombée absolument folle de Paris. Et après avoir fini mon bac, au moment où j’avais l’opportunité de choisir une licence à l’université, donc vers l’âge de 19ans, je commençais à apprendre le français mais du niveau zéro (rire), donc je commençais à apprendre ma troisième langue à l’âge de 19ans.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : D’accord, jusqu’à aujourd’hui, où tu l’enseignes…

Eva : Exactement !

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Et donc aujourd’hui, je suppose que l’anglais est dominant dans ta vie, par rapport au français que tu enseignes. Quelle est la répartition actuelle ?

Eva : C’est une très bonne question parce que pour le moment, j’habite ici en Floride mais avant, ça dépend où j’habite, tu vois, parce que avant les Etats-Unis, ça fait neuf mois que j’ai vécu en Indonésie. Donc, je n’ai pas parlé l’anglais là, j’ai parlé le bahasa et je n’ai pas rencontré beaucoup de gens qui parlent le français. Mais avant ça, j’ai vécu dans un autre pays, parce que normalement, j’enseigne et je bouge où je trouve plus de personnes qui veulent apprendre une certaine langue ou bien il y a une organisation ou bien un gouvernement qui veut que j’enseigne une certaine langue dans leur pays et normalement ce pays là n’a pas le français ou bien l’anglais comme langue officielle. Donc, ça veut dire que je vais me débrouiller dans une autre langue. Donc, je peux dire que ça dépend du travail que je fais. Parce que je fais de traduction aussi et soit une entreprise me demande s’il vous plait Eva, je veux que tu traduises ces manuels ou bien ce site web de l’anglais en français ou bien du portugais en espagnol. Pour moi, c’est plus dépendant de travail.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : D’accord ! Comment le portugais est entré dans ta vie ?

Eva : Le portugais, en fait, il est entré dans ma vie un an après le français.et aussi j’ai fais un mineur en portugais par une licence comme le français et après ça, pour les deux langues, en fait, après que j’ai fini un certain cours en français, je me suis installée en France, au Sud de la France, à Avignon où j’ai passé 7 semaine et après, je suis retournée aux Etats-Unis, et j’avais commencé avec le portugais. J’étais en train de finir le français au moment où j’ai commencé avec le portugais et c’est après ça, je me suis installée au Brésil…

Cyrille, le praticien du bilinguisme : …longtemps ?…

Eva : …j’ai passé deux mois là-bas…

Cyrille, le praticien du bilinguisme :… Deux mois ont suffi pour que tu atteignes un bon niveau en portugais ?

Eva : Oui, oui, pour moi oui, parce que, je crois que, dès que j’étais petite, j’ai toujours aimé me faire des amis qui venaient d’autres pays et dans ce type d’échange, je trouvais qu’une langue c’est évidemment essentiel, et j’ai passé des années, pratiquement toute ma formation ; en fait, le portugais, l’anglais et le français, donc, moi j’étudie, j’ai fait ma vie autour des langues .

Cyrille, le praticien du bilinguisme : D’accord ! Et aujourd’hui, est-ce quand tu lis un roman pour ton plaisir, tu veux le lire dans quelle langue ?

Eva : Le plaisir, si je décide de lire un livre, je préfère le français ou bien…si c’est quelque chose, un roman classique, en espagnol mais pour disons les nouvelles, normalement je choisis le français ou bien l’arabe

Cyrille, le praticien du bilinguisme :…l’arabe ? Tu as le niveau pour lire en arabe littéraire?

Eva : Exactement! En arabe littéraire.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Comment as-tu appris l’arabe littéraire ?

Eva : J’ai fait la même chose que j’avais fait avec le français et le portugais. Après que j’avais fini mes licences, je suis partie et je me suis installée au Maroc, à Fez. Pour le Maroc, Fez est pratiquement le centre, où n’importe qui ayant le désir d’apprendre l’arabe classique va , parce que c’est le meilleur endroit pas seulement selon le Marocain, mais si on veut étudier l’arabe classique, normalement, si on veut le faire en Afrique, le Maroc, c’est un des meilleurs pays pour le faire.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : D’accord ! Quand je voyageais en Syrie, les Syriens disaient que c’était chez eux le meilleur endroit pour apprendre l’arable classique, en Egypte, ils disaient que c’est en Egypte.

Eva: (riire)

Eva : C’est la même chose avec leur nourriture, en fait, si on dit moi j’ai le meilleur couscous du monde, c’est la Tunisie, c’est le Maroc, ou bien…oui normalement c’est ça, ou bien l’Algérie, moi j’ai le meilleur tajin, moi j’ai le meilleur couscous, (rire).

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Ainsi, si tu veux bien, on va peut-être conclure là-dessus, est-ce qu’on peut dire que Eva a le meilleur cours de français de Floride ?

Eva : J’espère que oui (rire). Je sais que je suis une bonne prof parce que normalement, le but de toutes mes leçons, c’est de vraiment ouvrir l’esprit pas seulement intellectuel des enfants, mais aussi pour enseigner que, même si les Etats-Unis ne sont pas un pays connecté du reste du monde comme l’Amérique du Sud ou bien l’Europe, où ils n’ont pas nécessairement l’opportunité d’aller disons à côté de son voisin, et apprendre une autre langue, ou bien utiliser une autre langue, parce que même jusqu’à maintenant, les Etats-Unis ont juste une langue officielle, pas l’espagnol même si l’espagnol, la population latino a grandi, énormément grandi durant ces, je dirais, 15ans-20ans, même si c’est comme ça, ils ont l’opportunité de l’apprendre. Il y a une façon de le faire, donc j’espère qu’ils me trouvent comme une bonne prof juste pour ça.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : D’accord ! .

Eva : …pas justement pour ce qu’ils apprennent durant leur cours, c’est pour ce type d’ouverture d’esprit.

Cyrille, le praticien du bilinguisme : J’en suis persuadé et je te remercie pour cette interview.

Eva : Non, non, de rien. En fait, c’était pour mon plaisir. Merci beaucoup de m’avoir choisi. Et merci aussi pour ce moment qu’on a partagé. Merci aussi pour faire la connaissance de quelqu’un que je considère comme un ami. Merci !

Cyrille, le praticien du bilinguisme : Merci !

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6 Responses to Interview d’Eva bilingue espagnol-anglais

  1. Benjamin

    Hey bien Eva a beaucoup voyagé!
    Un bel exemple de l’efficacité de l’apprentissage précoce en immersion totale.

  2. Marjorie@Histoire à Vivre

    Merci pour cette belle interview que j’ai écoutée. Eva est une magnifique personne, et j’ai regardé son site, apparemment elle offre des prestations ! Ca peut être intéressant !
    Cela me fascine que l’on puisse apprendre « si tard » et si débrouiller si bien sans fautes ! Comme quoi, il n’est jamais trop tard.
    Marjorie

  3. Phileas le cléateur

    Bonjour Cyrille,
    Quelle interview magnifique, quel personnage cette Eva.
    Un parcours exceptionnel qui donne des ailes en nous montrant que tout les apprentissages sont possibles.
    Ma fille de 6 ans est bilingue français/gujarati de naissance, elle a des bases en anglais et commence à tâter de l’espagnol.
    Et moi qui me mordais les doigts de ne pouvoir lui offrir une immersion précoce en anglais pour qu’elle puisse asseoir ses connaissances dans cette langue.
    Je vois que tout est possible, Eva nous scotch durant l’interview en annonçant au fur et à mesure le portugais, l’arabe…
    Bravo à Eva et Bravo à toi pour ce blog d’utilité publique.
    Tu nous donnes des clés pour avancer.

    • Cyrille, le praticien du bilinguisme

      Bonjour Phileas,
      Rien ne presse pour l’anglais car la pression sera tellement forte plus tard qu’un enfant bilingue va progresser très vite.

      • Phileas le cléateur

        Merci Cyrille pour cette réponse,

        En effet, je vois bien que son « petit » niveau progresse très vite.

        Elle se met à l’espagnol aussi et rien que son accent semble acquis d’avance.

        S’il était très important pour moi de soutenir ma femme dans la démarche du bilinguisme depuis la naissance, je n’aurais pas imaginé à cette époque tout le développement neuronal que ça allait lui apporter.

        Je suis bien d’accord avec les propos de ton blog, le bilinguisme précoce, c’est détonnant.

  4. Cyrille, le praticien du bilinguisme

    A 6 ans, tu ne profites pas encore de l’ouverture, des voyages et de la confiance.
    Mon ainée Amy est partie seule en Allemagne à 12 ans. Vois ce qu’elle arrive à faire (son blog est un peu en sommeil en ce moment http://blog-bilinguisme.fr/seul) Nous avons compté qu’elle en est à son 10ème séjour en Allemagne à l’âge de 15 ans !

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