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Comment mettre les émotions au service de l’apprentissage des langues ?

Posted by on 23 avril 2013

Je profite de l’occasion d’un évènement interblogueurs Des émotions pour quoi faire ? , organisé par Pierre du blog Pierre Cocheteux.com pour traiter des émotions que l’on rencontre dans le bilinguisme précoce.
J’avais déjà abordé ce thème lors d’un séminaire sur l’échec des enfants à l’école en langues étrangères.
Essayons d’aller plus loin et de voir ce que l’on peut faire des émotions pour les mettre à notre service.

Les émotions et la mémoire

J’ai constaté dans mon apprentissage de deux langues secondes, l’allemand et l’anglais, que les émotions jouent un rôle sur la mémoire. Au contraire d’un muscle, il ne suffit pas de l’entrainer, de dépenser de l’énergie, pour obtenir un résultat tangible. Dans une langue que l’on m’imposait, l’allemand, mes émotions s’opposaient à la mémorisation. Il me fallait énormément de temps pour retenir le sens d’un mot. Même après des dizaines de lectures, certains verbes ne sont pas acquis. Cette suite de sons n’a tout simplement pas de sens pour moi.
A l’inverse, j’ai le souvenir d’avoir vécu l’apprentissage de l’anglais comme une vraie libération. Peut-être est-ce dû à la proximité du vocabulaire, beaucoup plus proche du français ? Je ne devrais peut-être pas comparer ainsi ? Mais j’ai quand même l’impression que la capacité à assembler les morceaux pour en faire des phrases ayant du sens, qui peuvent même devenir élégantes, dépend grandement des émotions que nous éprouvons. On peut ainsi dire qu’on sent certaines langues et que d’autres ne nous sont pas directement intelligibles.

Crédits photos: CC Joe Shlabotnik

Crédits photos: CC Joe Shlabotnik

Le plaisir de parler une langue

J’ai retrouvé le même phénomène lorsque j’ai décidé de rendre mes enfants bilingues alors que nous n’avions pas vraiment de ressources autour de nous. Nous sommes tous les deux français, vivant en France, et nous n’avions pas accès à une école bilingue paritaire. Ces écoles où l’on enseigne en deux langues de manière à équilibrer les horaires de l’enfant durant sa semaine scolaire. Pourtant, nos émotions nous ont poussés à prendre le risque d’introduire une langue dans notre foyer.

J’avais le choix entre l’anglais, que je maîtrisais bien et l’espéranto que je venais de découvrir. Le choix rationnel était de capitaliser sur l’anglais car j’avais déjà investi au moins 30 000 heures d’apprentissage, tout le monde sait de quoi il s’agit, l’école l’enseigne et parler anglais est très désirable dans le monde actuel.
A l’inverse, prendre l’espéranto, c’était prendre une langue que j’étais en train d’apprendre, dont la moitié des gens n’a jamais entendu parler, que l’école l’ignore alors que 99,99 % de la population mondiale s’en passe sans soucis dans sa vie courante.
Et pourtant, mes émotions me disaient que je ne serais jamais satisfait du résultat si je commençais à parler anglais tous les jours à mes enfants.
Même s’il existe quelques études scientifiques sur les bienfaits de l’espéranto précoce chez un enfant, la décision que j’ai prise n’est pas le fait d’une analyse rationnelle de ces publications. C’est une décision en grande partie émotionnelle.
J’avais le sentiment que l’espéranto m’offrirait un moyen d’expression flexible dans lequel j’arriverais toujours à m’exprimer. J’avais confiance dans ma capacité à apprendre la langue plus vite que la croissance des besoins de mes enfants.
Je suis persuadé que le succès de mon appropriation de la langue vient des émotions concernant l’idée de langue équitable, la forme logique qu’elle présente, et le fait que j’arrive à m’en servir pour exprimer ma pensée. Il faut quand même mémoriser les racines à partir desquelles on combine avec les préfixes et suffixes mais j’ai mémorisé un nombre important de racines peu fréquentes à partir d’une ou deux lectures. C’est comme si ces racines avaient pris un sens qui me semble naturel. Quand je compare avec les difficultés de mon apprentissage de l’allemand, je suis plus qu’étonné. Surtout quand je découvre par la suite que la racine de l’espéranto est issue de l’allemand. L’original n’a laissé aucune trace en 30 ans d’usage et sa version importée dans l’espéranto a fait sens en quelques secondes ! J’ai dû apprendre le mot pour les « joues » quand j’étais enfant et il ne m’a laissé aucun souvenir. La vangoj en espéranto a pris sens et me permet de retenir désormais Die wange. C’est également vrai pour les verbes. Regretter, bedaŭri est un verbe que j’ai retenu en espéranto mais il me sert à donner un sens à bedauren de l’allemand.
Je retiens désormais le vocabulaire allemand lorsqu’il est à la source de racines de l’espéranto. C’est étonnant mais c’est aussi rassurant car si j’éprouve ce phénomène, cela signifie que mes enfants vont également profiter de ce transfert entre leur connaissance intuitive de l’espéranto, leur seconde langue maternelle et les l’allemand et l’anglais qu’elles apprennent à l’école.

Créer les conditions favorables par les émotions

L’idée qui assure la pérennité de l’espéranto au fil des générations est l’idée qu’on puisse faire communiquer tous les peuples en leur donnant une langue qui appartient à tous mais qui n’est la propriété d’aucun d’eux. Dans une réunion internationale où l’on utilise l’espéranto, tous les participants font l’effort de s’exprimer autrement que par leur langue nationale. C’est émotionnellement très fort de constater qu’un togolais a le même accès à la langue de travail que votre voisin américain. Si on travaillait en anglais, le togolais et vous n’auraient aucune chance de faire entendre vos idées à votre voisin américain car la différence d’aisance rendrait la comparaison trop flatteuse en sa faveur.
Le deuxième facteur d’alignement de mes émotions avec l’espéranto est le fait que j’ai trouvé un moyen presque magique de changer le destin. Est-ce que vous arrivez à imaginer que j’ai des enfants bilingues, comme ceux des couples binationaux, tout en étant dans un milieu strictement francophone ?
Le bilinguisme précoce n’était pas dans le champ du possible pour nous enfants mais pourtant, nous l’avons fait, et elles en profitent dans leur apprentissage de l’allemand et de l’anglais !

Les adultes arrivent à éprouver des émotions pour ces enjeux et ce concept de langue équitable mais ce n’est pas le cas pour les enfants. Les enfants veulent s’amuser avec leurs amis.
Si vous voulez mettre les émotions dans votre camp, trouvez des gens qu’ils apprécient et avec qui ils ne peuvent communiquer que dans leur langue la plus faible. Et vous verrez s’installer la dynamique des émotions favorables qui les feront dire :
Je ne sais pas pourquoi mais ces mots ont un sens en allemand qui me vient tout seul.
Ces émotions là, je ne suis pas prêt de les oublier.

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6 Responses to Comment mettre les émotions au service de l’apprentissage des langues ?

  1. Aurelie Papillon-Signe

    Hello Cyrille,
    Bien vu : l’esperanto est une langue équitable, comme c’est une seconde langue, par rapport à toutes les langues nationales majoritaires.
    A propos : existe-il des personnes qui ont appris l’esperanto en première langue, avec leurs parents ?

    • Cyrille, le praticien du bilinguisme

      Bien sûr. Comme mes filles et leurs copines. Il est plus rare de trouver des jeunes qui ont appris l’espéranto aux alentours de 10-12 ans à l’école et sans que leurs parents ne soient eux-même des locuteurs, mais j’en connais 2 qui ont eu cette chance. C’était le cas de Claude Piron qui avait apprit tout seul avec un livre durant la guerre. Ce sera le cas des enfants qui sont dans le programme « Springboard to languages » ou à Mazare del Valo actuellement.

  2. Haydée@Travelplugin

    Les enfants veulent s’amuser avec leurs amis, alors il faudrait inventer des jeux entre elles où les langues sont au premier plan !
    Mon père faisait ça avec l’histoire quand on était petit.

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