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Le dilemme de la langue minoritaire

Posted by on 8 janvier 2013

Une minorité linguistique est confrontée à un dilemme : L’ouverture par le bilinguisme ou l’isolement en gardant sa population captive ?

L’énoncé du problème

On voit que les débats sur les langues minoritaires sont souvent passionnels au Canada. Prenez par exemple cet article.
J’ai à peine eu le temps de remarquer l’article qu’il y avait déjà 48 commentaires. L’auteur écrit « On entend beaucoup de préjugés de la part des promoteurs du bilinguisme chez les enfants. Les deux principaux sont ceux-ci : l’apprentissage d’une langue étrangère serait la meilleure des choses pour développer le cerveau et cet apprentissage ne nuirait pas à la langue maternelle. Ce sont là deux mensonges qu’il faut dénoncer. »

Je m’inscris bien sûr en faux contre ces deux affirmations.

J’ai déjà expliqué pourquoi être bilingue précoce est une chance. Et je constate chez mes enfants l’enrichissement du français par leur seconde langue maternelle. Si elles sont si fortes en grammaire, c’est bien parce qu’elles peuvent penser au travers de plusieurs systèmes.

En Europe, c’est plutôt le thème de la charte européenne des langues minoritaires qui cristallise les passions avec des arguments qui ressemblent furieusement à ceux échangés en Amérique du nord. Voyez plutôt cet article chez Rue 89 contenant 492 réactions ! Je n’ai pas trop envie de vous faire un pot pourri des commentaires, car cette expression prend tout sens dans ces circonstances !

Je pense que les deux problématiques sont très proches.

Résumons : Un petit groupe est isolé au sein d’un grand groupe parlant une autre langue. Chaque individu doit-il ouvrir son horizon en maitrisant la langue dominante, être bilingue, pour avoir un avenir meilleur ? C’est un de nos arguments pour les filières bilingues alsaciennes. Vous pourrez travailler en Suisse ou en Allemagne.

En même temps, le groupe a-t-il encore un avenir s’il prend le risque de ne plus avoir de locuteurs monolingues. En effet, ceux qui ne parlent pas d’autre langues ne risquent pas de partir ! Développer le bilinguisme, est-ce fossoyer les langues minoritaires ?

Affiche pour la campagne du Oui au traité de Lisbonne en Irlande

La langue majoritaire est attractive. Affiche de la campagne pour le Oui au traité de Lisbonne en Irlande.

Ce dilemme m’intéresse car je pense que les conditions de la mise en œuvre du bilinguisme, dans les deux populations, peuvent avoir des résultats radicalement différents : la perte d’une langue comme l’alsacien, qui se meurt doucement en Alsace ou au contraire le maintien de la langue minoritaire, comme le suédois en Finlande.

Analyse de la situation

Au niveau individuel, le locuteur natif de la minorité linguistique a besoin de grandir en immersion dans sa langue minoritaire avant d’être confronté au déferlement de la langue majoritaire. Ainsi il devient un locuteur bilingue, il perpétue sa culture et peut quand même accéder aux informations, études, postes et avenir par sa maîtrise de la langue majoritaire.

A l’inverse, si tous les locuteurs de la langue minoritaire sont bilingues, quel avantage peut-on avoir à parler la langue minoritaire ? Elle ne sert à rien. Collectivement, cette communauté linguistique a besoin qu’il reste des locuteurs monolingues avec qui il est nécessaire d’utiliser cette langue. S’ils ne trouvent pas de littérature, journaux ou chaine de télévision, ils cessent peu à peu d’utiliser leur langue maternelle. La langue disparaît avec le dernier des Mohicans.

Pour protéger une langue, des dispositions législatives sont donc nécessaire mais ne sont pas suffisantes. Il doit exister des moments , des endroits où la langue minoritaire a le monopole de l’expression. Sinon elle disparaît et les locuteurs de la langue majoritaire n’ont aucun intérêt à l’apprendre ou à financer les services de traduction et d’interprétation, et les locuteurs minoritaires n’ont aucune incitation à continuer à la parler.

Supprimer les monolingues, un premier pas vers l’éradication ?

Considérons qu’une langue remplit 3 fonctions fondamentales :

  • l’activité interactionnelle : la vie de famille, avec les voisins et la communauté. Le français joue ce rôle au québec, le turc ou l’alsacien le joue pour certains locuteurs en Alsace,
  • l’objet de description, d’analyse et support de la pensée. En l’absence d’enseignement à l’école et d’accès à l’écrit, le locuteur bilingue utilise souvent la langue majoritaire pour accéder à cette fonction,
  • l’acquisition de connaissances qui ne sont pas disponibles dans la langue minoritaire. Je m’intéresse par exemple à la théorie des contraintes, et il vaut mieux que je maitrise l’anglais qui me permettra d’aller au delà des 3 livres traduits en français !
Image de l'affiche de l'unesco pour la journée de la langue maternelle

Chaque année, l’Unesco organise une journée pour rappeler qu’on apprend mieux dans sa langue maternelle.

Les locuteurs de la langue minoritaire ont besoin d’apprendre la langue majoritaire pour accéder pleinement à ces 3 fonctions fondamentales. Un ami finlandais m’a dit il y a fort longtemps
Il n’est pas possible de devenir médecin en Finlande en ne maitrisant que le Finnois. Le finnois n’est pas en danger mais la pression vers l’anglais est néanmoins forte.

De l’autre, la communauté a peur de n’avoir plus que des bilingues, car alors l’activité interactionnelle peut se dérouler par la langue majoritaire uniquement. C’est la voie de la folklorisation de la langue puis rapidement sa disparition.

La communauté minoritaire a donc besoin de monolingues qui acceptent de se sacrifier, inconsciemment ou non, pour imposer l’usage de la langue minoritaire dans quelques circonstances qui la maintiendront en vie. Et souvent, ce ne sont pas les élites qui jouent ce rôle.

Le rôle des élites

Le comportement des élites de la langue minoritaire est pourtant déterminant. Ils peuvent être fer de lance du maintien de la culture minoritaire, comme en Irlande, ou fossoyeur de son avenir. Je conseille le prix de la carpette anglaise pour prendre conscience de ce phénomène dans le cas du français.

Mais pour la même langue, l’égalité est difficile quand 5 millions de francophones sont noyés dans 300 millions d’anglophones en Amérique du nord. C’est la même chose pour les Gallois au Royaume-Uni, les Frisons aux Pays-Bas, les Alsaciens en France, les Sorabes en Allemagne, les Néerlandais dans le monde. Je prend volontairement des exemples où une même langue se retrouve en position de domination et en danger dans un autre contexte. Le simple fait de tenir ce discours éveille souvent les passions et invectives jusqu’à en venir aux mains. Il faut dire que la langue est intimement liée à l’identité d’un individu et d’une société.

Quand meurt la langue d’un peuple, c’est son âme qui trépasse. Sa vision du monde est perdue pour l’humanité. Tove-Skuttnab expliquait à l’Onu que la disparition d’un dialecte Sami dans le nord de la Laponie avait conduit à l’incompréhension des noms des rivières. Des années plus tard, des recherches ichtyologiques ont montré que chaque cours d’eau était peuplé de poissons qui avaient donné leur nom au cours d’eau. Comme si les cours d’eau s’étaient appelé saumon, truite, perche mais que plus personne ne comprenne la signification de ces mots.

Le comportement des locuteurs de la langue majoritaire a des conséquences considérables sur l’affect des locuteurs de la langue minoritaire.

Si la population majoritaire respecte la langue minoritaire, les locuteurs de la langue majoritaire acceptent de payer des traducteurs et interprètes. C’est encore mieux s’ils acceptent d’apprendre la langue minoritaire pour atteindre le stade de l’intercompréhension passive. Les ruotsisuomalainen ont cette chance en Finlande dans les communautés où ils représentent plus de 5 %, la signalisation est bilingue et leur langue enseignée à l’école.

A l’inverse, si la population majoritaire vote des lois qui détruisent la légitimité symbolique de la langue minoritaire, alors même les enfants auront honte de l’expression de leurs parents.

Sortir du conflit

Je ne vais pas m’étendre sur ce qu’il faudrait faire pour éliminer les conditions qui permettent au conflit de se développer car je l’ai exposé dans cette vidéo.

Les organisateurs de l’évènement, pour lequel j’ai préparé cette vidéo, m’ont imposé la langue de l’intervention. Je vous laisse découvrir de quoi il s’agit.

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2 Responses to Le dilemme de la langue minoritaire

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