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On fête le centenaire du principe de Ronjat

Posted by on 12 avril 2013

Dans le domaine du bilinguisme précoce, la plupart des gens parlent des écrits et idées de Ronjat, l’inventeur du principe une personne, une langue mais n’ont pas lu son livre.

Se cantonner à l’usage d’un outil sans aller voir quels sont les principes qui se cachent derrière est un phénomène courant. C’est la meilleure manière de gagner du temps mais elle présente un inconvénient. Je ne compte plus les domaines dans lesquels j’ai fait ce raccourci pour découvrir, par la suite, que nous n’utilisons pas l’outil de la manière dont il était prévu ou en ignorant des avertissements pourtant très importants. Et parfois, on découvre que l’auteur n’est pas celui que tout le monde pense.
L’ouvrage de Jules Ronjat est paru en 1913. Nous fêtons donc le centenaire de la publication du principe, connu cependant depuis l’antiquité, une personne, une langue.

C’est l’occasion d’approfondir et de prendre enfin le temps de lire l’ouvrage. Pour fêter le centenaire du principe de Ronjat, je vous propose cette chronique du Le développement du langage, observé chez un enfant bilingue paru chez la librairie ancienne H. Champion à Paris en 1913.
C’est dire si la papier a jauni depuis mais j’ai trouvé un scan , ou plutôt une photographie de l’édition originale.

Le contexte de l’étude

Jules Ronjat était linguiste, docteur es lettres, francophone et vivant à Vienne dans le Rhone avec une épouse germanophone.

L’ouvrage est une réponse à la question suivante :

Comment se comporterait un enfant mis en présence de deux langues distinctes qu’on lui parlerait également ?

Gardez à l’esprit que la linguistique a beaucoup évolué durant ces années d’avant la première guerre mondiale. Des choses qui nous semblent désormais évidentes étaient totalement inconnues même si les travaux de Broca datent de 1859.

Dessin d'un cerveau avec plusieurs zones

L’aire de broca commande le langage

Les scientifiques de l’époque ne pouvaient observer le cerveau en direct comme aujourd’hui. Les linguistes se sont donc adapté et ont mené des expériences sur leurs propres enfants. Ronjat n’est pas linguiste mais bénéficie dès le début des conseils de Grammont qui insiste sur Il n’y a rien à lui apprendre ou lui enseigner. Il suffit que lorsqu’on a quelque chose à lui dire on le lui dise dans l’une des langues qu’on veut qu’il sache. Vous voyez qu’il n’y a pas besoin de lire beaucoup pour tout de suite trouver que le principe une personne, une langue est un conseil de Grammont. Ce dernier se voit parfois attribuer le principe dans la littérature.

Une bonne pratique

La règle de base est tout de suite commentée de la sorte :

Que chaque langue soit représentée par une personne différente. N’intervertissez jamais les rôles. C’est la méthode qu’a appliqué Ronjat même s’il confesse quelques incartades.

Cette prescription démarre dès la naissance. J’aurais personnellement tendance à penser que le démarrage dès le début est plus important pour les parents que pour l’enfant, mais les exemples fournis immédiatement après montrent qu’on était déjà bien conscient que le cerveau capte les sonorités dès le début et les engramme. Il faut en effet distinguer la musique de la langue et le vocabulaire utilisé. La première est beaucoup plus difficile à rattraper après la prime enfance si elle s’installe dans des formes qu’on ne désire pas (Langue maternelle parlée avec un fort accent étranger, accentuation d’une langue différente par exemple).

Ronjat applique le principe UPUL à toute la famille étendue ainsi qu’aux amis. Chacun est prié de se cantonner à parler français ou allemand à son fils Louis. L’introduction est assez habile pour éveiller l’intérêt du lecteur quand aux conséquences des rares incartades. Comme quoi, les techniques marketing sont également bien anciennes.

Les deux premières années de Louis se déroulent au contact du français du père et de l’allemand du personnel de maison. La belle famille parle hochdeutsch avec quelques particularité du sud. Ronjat détaille beaucoup les particularités des prononciations de chaque locuteurs, qu’ils soient francophones ou germanophone. L’enfant parle pourtant comme maman. L’hypothèse de l’auteur est que l’enfant a passé plus de temps avec sa mère qu’avec le personnel de maison, dont l’accent est plus badois, mais surtout que l’enfant privilégie la version maternelle pour des questions de sentiments. Je ne suis pas sûr qu’on tiendrait le même discours, teinté de considérations de classes sociales, aujourd’hui.

Ronjat est donc le seul francophone qui personnifie la langue 2 et se trouve confronté à un enfant qui introduit souvent des mots allemands dans ses phrases françaises. Sa tactique de correction est indirecte. Il reprend en disant :

Oui, tu veux dire (le mot en français).

L’étude est intéressante par sa grande précision quand aux observations relevées par l’auteur. J’avoue avoir été nettement moins attentif, et surtout j’ai pris moins de notes, quand au développement langagier de mes enfants.

A 20 mois, Louis prend conscience qu’il s’exprime moins facilement en français qu’en allemand. Par contraste, je peux vous assurer qu’à 7 ans, ma petite dernière, Jenny, est bien consciente que nous utilisons deux langues. J’ai eu droit hier à une belle alternance avec soudainement la phrase en français :

Comment dis-t-on baguette magique en espéranto ? Et elle a repris son histoire de fées en utilisant magia bastoneto.

Mais revenons au début du siècle. L’enfant passe 3 semaines de vacances avec des francophones qui n’ont que peu d’influence sur sa production francophone.

4 mois plus tard, le séjour est de 5 semaines cette fois et suffit à équilibrer les deux langues. Un séjour d’un mois à Paris qui donne l’ascendant au français et il faut ensuite l’arrivée de la belle-mère germanophone pendant 2 mois pour rétablir le niveau d’allemand. Louis devient ami avec d’autres enfants bilingues français-allemand dont les parents parlent allemand entre eux et avec leurs enfants. La communication des enfants commence en français puis devient bilingue, puis en allemand au fil des mois. Ils s’adaptent car les autres enfants qu’ils côtoient ne parlent pas allemand. L’auteur remarque que ces enfants bilingues utilisent l’allemand pour se distinguer lorsqu’il sont dans l’espace public francophone, comme si l’allemand était leur langue.

Même si Ronjat ne souligne pas particulièrement cette situation, je pense qu’il est primordial que l’enfant trouve des locuteurs de son âge dans la langue, l’allemand à Paris, alors la plus faible. C’est la grande différence entre les générations de denaskuloj des années 50 et aujourd’hui. Ces enfants qui ont l’espéranto comme langue maternelle ont des amis étrangers dans le même cas, et ils se rencontrent plusieurs fois par an.
à suivre avec l’acquisition de deux langues chez le jeune enfant

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Ce que vous aviez en tête en arrivant :

  • jules ronjat

8 Responses to On fête le centenaire du principe de Ronjat

  1. THOMAS

    Bonjour,

    Je travaille depuis 6 ans sur Jules Ronjat et vais publier un ouvrage sur ce savant extraordinaire qui créé les concepts de « bilinguisme » et de « intercompréhension ».
    Un colloque aura lieu à l’université de Toulouse le Mirail en novembre 2013.

    Cordialement
    JT

  2. sarmente

    Bonjour Thomas,

    Ce colloque m’intéresse. Pourriez-vous, quand vous les aurez, nous transmettre les renseignements nécessaires pour y assister ? (heure, salle…)

    Merci d’avance

    Sarmente

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