Comment la chute d’un mur influence votre vie

vitrine de produit de la RDA

La RDA manquait de ressources : un seul produit par gamme. Sans obsolescence programmée !

C’est le 25ème anniversaire de la chute du mur de Berlin. Tous les médias allemand en parlent. Pour les médias français, je ne sais pas trop car je ne les écoute pas mais j’ai quand même l’impression que cela ne concerne pas trop la France.

Pourtant, je m’en souviens bien et je pense que c’est un événement qui a grandement influencé ma vie, même si je n’avais rien demandé à personne.

La chute du mur a influencé ma génération et notre destin

J’ai grandit dans un monde divisé en 2 : Nous et eux, les communistes. On parlait peu des autres, le tiers-monde. Ils produisaient peu, on n’allait pas en vacances chez eux, et ils ne nous achetaient rien.

Le monde était relativement simple et stable. J’ai eu le temps de me l’approprier car j’ai passé mon bac en 1989. Autant dire que j’ai potassé toutes les informations de géographie économique du monde d’avant. Même si je n’ai jamais accordé aucun crédit aux statistiques économiques en provenance du bloc de l’est, je ne peux pas dire que ces chiffres n’ont pas modelé ma vision du monde. Pourtant, je connaissais un peu leur monde car j’avais mis les pieds plusieurs fois en Yougoslavie. Mais je communiquais pas avec les locaux.

Mon problème en 1989 était de réussir des concours d’ingénieurs et certainement pas de m’occuper de politique. J’étais élève de classe préparatoires aux grandes écoles.

Et subitement, le mur s’est ouvert sur un autre monde

Je me souviens très bien d’une soirée passée à travailler sur ma physique, mes maths et la biologie dans notre couloir à l’internat, coincés que nous étions entre les vétérinaires et les cyrards (Ceux qui préparent l’école militaire de Saint-Cyr). Ces derniers suivaient l’actualité car il s’agissait d’une prépa littéraire. Vers 23 h ou 1h du matin, je ne me souviens plus très bien, mais il est certain que je ne me couchais pas avant durant ces 2 années d’études infernales, l’un deux nous informe que le mur de Berlin est tombé.

Je n’entends plus les commentaires à la radio mais je me souviens que je n’ai pas pris conscience que plus rien ne serait comme avant. J’étais en classes préparatoire et j’étais bien mal préparé à un monde qui change.

Ce que je pense des conséquences économiques

Pourquoi diable le monde allait-il changer ?

Avec le recul, je pense que la réunification allemande s’est financée au travers de la politique de change commune. Cela signifie que toute l’Europe a payé l’effort de rattrapage mené à l’est.
Et en France, cet effort s’est payé par un marasme économique générateur de chômage. En 1994, quand j’ai commencé à chercher du travail, j’ai vite compris qu’aucun travail ne nous attendait.
Un monde plus ouvert, plus libéral, c’est aussi un monde où il est plus simple de tout mettre en concurrence, les territoires, les facteurs de production, les ouvriers. Tout ce qui ne peut pas se différencier voit donc sa valeur baisser. A l’époque, je n’ai pas pris conscience que l’Europe venait de se découvrir un far est. C’est à dire un réservoir de croissance ou de main d’œuvre pas chère selon la voie choisie. Et l’Europe a emprunté celle de la main d’œuvre pas chère en n’aidant pas trop les pays de l’Est. N’ayant d’autres choix, ils ont joué le dumping social. Et nous en sommes toujours là.

L’ouverture et l’échange à tout va est devenu irrésistible

Quand on peut bouger les capitaux très facilement, c’est forcément un monde plus difficile pour ceux qui s’adaptent lentement.

Un monde plus ouvert, c’est aussi un monde qui présente plus d’opportunité mais je n’étais pas capable de les comprendre ni de les saisir. Ce monde a changé plus vite que je n’ai pu comprendre où j’aurais dû chercher des opportunités.

Avec le recul, je me rends bien compte que je manquais d’aisance dans les langues étrangères et je manquais totalement de confiance. Donc je me raccrochais à ce que j’avais imaginé de l’avenir mais sa trajectoire avait changé. Sans penser que tout un territoire s’ouvrait à nous.

Ma fille Amy étudie la chute du mur en ce moment. Quand je lui demande ce que cela signifie pour elle, la réponse est claire : Rien. Les livres rapportent la grande histoire mais ne permettent pas de comprendre ce qui s’est humainement passé.

Ce que les contacts humains au delà du mur m’ont appris

20 ans plus tard, j’ai de nombreux amis du même âge qui ont vécu la même histoire mais de l’autre côté du mur. C’est intéressant de confronter nos points de vue et de percevoir ce qu’ils ont vécu.

Les copains serbes et croates ont les histoires les plus émouvantes : leur Yougoslavie a explosé, ils ont connu la guerre au point d’émigrer pour certains. Les discussions peuvent être enflammées quand nous parlons de ces années. (Quand je suivais la guerre de Yougoslavie par l’intermédiaire de Courrier International, je n’y comprenais rien. Comme beaucoup à l’ouest). La guerre est une chose abstraite pour les habitants des pays de l’ouest. Un truc de livre d’histoire justement. Pour eux, c’est du vécu au contraire.

Nos amis allemands de l’est avaient le même âge. Au moment de commencer leur carrière professionnelle, ils se sont retrouvés dans un monde où ils ont dû apprendre à se prendre en main. L’état est allemand s’occupait de tout. Et surtout de les empêcher de sortir. Du jour au lendemain, la sécurité de leur monde a volé en éclat.

L’un d’eux m’a dit l’été dernier : Même si je peux être viré du jour au lendemain, je pense que je suis plus en sécurité aujourd’hui que dans un état qui ne nous laissait prendre aucune initiative et qui s’est finalement écroulé.

Que pensez-vous de nos amis qui ont grandit en Pologne et qui ont les mêmes souvenirs de la Yougoslavie ? Pour moi, la Yougoslavie était un pays pauvre et peu équipé. Pour eux, c’était un pays de cocagne. La nourriture était abondante et de bonne qualité.

Quand vous lisez dans vos livres d’histoire :
Après guerre, le plan Marshall a permis de redresser les états occidentaux bla bla bla.

Imaginez que la Pologne était ravagée en 1945. Et sans plan Marshall. En 4 décennies, peu de choses avaient été reconstruites. Nos livres d’histoire n’en parlent pas car nous restons centrés sur notre petit monde à nous, et ce n’est pas surprenant que le Parlement Européen soit traversé par tant de fractures. Nous n’avons même pas construit de vision commune de l’histoire qui prenne en compte tous les points de vue.

terrain vague près de la Frauenkirche

Pendant longtemps, le quartier autour de la cathédrale n’était qu’un gigantesque trou. Aujourd’hui encore l’espace ne manque pas.

J’ai eu la chance de visiter Dresde en 2010 avec un descendant d’une survivante du bombardement. Il avait visité Dresde en 1987, 2 ans avant la chute du mur, et il était retourné en 1992. Pour lui, rien n’avait changé depuis 1945.
Même en 2010, j’ai eu l’impression d’une ville meurtrie où le temps s’est arrêté. Même si la Frauenkirche a été reconstruite, même si les grands bâtiments gris et austères portent désormais des couleurs et des toits rouges !

J’ai eu mes discussions les plus intéressantes avec un ami hongrois un peu plus âgé que moi.
Cela signifie qu’il était déjà installé dans la vie professionnelle quand le communisme s’est vaporisé. Il pense qu’il avait l’âge idéal car ses ainés ont eu plus de mal à se reconfigurer et s’adapter. Pour lui, tout s’est bien passé même si je ne connais pas les détails. Il a possédé la moitié des centrales à béton de Hongrie, puis il a revendu sa société à un grand groupe français. C’est le seul millionnaire que j’aie dans mon carnet d’adresse ! Mais je connais aussi des hongroises qui enseignaient le russe et dont la demande s’est également vaporisée. Vous savez pourquoi.

Les langues, c’est très politique.

Avons-nous pris conscience que notre monde allait changer ?

Si vous vous intéressez à l’allemand aujourd’hui, dites-vous que vous investissez du temps, des émotions et de l’argent sur une langue qui n’a pas trop le vent en poupe, mais le vent pourrait tourner. Dans votre sens ou pas. Et si le russe était un meilleur pari ?

Dans tous les cas, ne commettez pas la même erreur que moi. N’attendez pas 20 ans pour chercher les contacts humains dans les pays dont vous apprenez la langue. Sans contacts humains, autant ouvrir des livres d’histoire et passer à côté du ressenti de ces peuples.

Êtes-vous prêt à vous adapter à la chute du mur dollar ?

Aujourd’hui, aucun mur de Berlin n’est sur le point de tomber. C’est même le contraire tant le monde occidental s’évertue à dresser des obstacles dans sa relations avec la Russie. Nous assisterons peut-être à la création d’un mur en Ukraine.

Et si tout ce cirque n’était qu’une escarmouche pour protéger un mur virtuel mais tout aussi structurant ? Je veux parler du mur du dollar.

Aucun échange de matière première, comme le pétrole, ne peut s’effectuer dans une autre monnaie que le dollar. Tous ceux qui ont essayé de rompre cet étau l’ont payé de leur vie. Mais comme tout déséquilibre, celui-ci non plus ne sera pas éternel.

S’il tombait demain, seriez-vous prêt à saisir les opportunités ?

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Il reste 2 commentaires Aller aux commentaires

  1. Livredor /

    Je me souviens d’une grande émotion pendant les jours suivant la chute du mur de Berlin. C’était exaltant, les gens étaient optimistes, tout le monde était heureux de voir ce symbole de la séparation entre l’Europe de l’ouest et l’europe de l’est tomber.
    Cette émotion si positive s’est transformée en peur lors de la réunification: peur d’une Allemagne trop puissante. Mais la réunification a tout d’abord affaibli l’Allemagne du point de vue économique, dû à un taux de change entre les marks est-allemands et ouest-allemands très éloigné du taux de change clandestin, ce qui a été avantageux pour l’Est dans un premier temps, puisqu’ils ont pu acheter plein de choses, puis désavantageux pour les entreprises est-allemandes qui n’avaient pas une productivité suffisamment grande pour produire moins cher que les entreprises du reste du bloc Est.
    Il y a eu une restructuration sauvage (des centaines d’entreprise ont fermé, des milliers d’emplois ont disparus dans l’industrie). Beaucoup d’Allemands de l’Est se sont reconvertis ou ont trouvé du travail dans l’ouest de l’Allemagne.
    Même après plus de 20 ans de « reconstruction » l’impôt créé pour payer le retard est-allemand est toujours là. Je le vois encore sur mes feuilles de salaire (j’habite à l’ouest en Rhénanie-Westphalie).

    Les entreprises allemandes ont rapidement compris l’importance de l’ouverture des frontières du bloc de l’est. Grâce au pouvoir réel des conseils d’entreprises, les délocations de production vers les pays de l’europe de l’est se sont faites sans trop perdre de places de travail en Allemagne, ce qui a rendu de la vigueur aux entreprises allemandes par rapport aux françaises. Le pouvoir d’achat des ouvriers a baissé mais ils se sont peu retrouvés au chomage et l’Allemagne a gardé une industrie d’outillage sur son territoire.
    En ce qui concerne les tendances géographiques/économiques/historiques et quelles langues je devrais apprendre pour le futur, je pense plutôt au chinois (sachant que je connais déjà très bien le français, l’anglais et l’allemand). Le chinois me semble une langue difficile à apprendre, mais c’est peut-être simplement une histoire de motivation suffisante.

  2. cyrille /

    C’est marrant, Amy a pour devoirs de regarder les infos en allemand chaque soir mais nous n’avons pas de télé.
    Hier soir, pour la première fois, elle a regardé ZDF en différé sur sa tablette et justement, le sujet était « la réunification entre le Bund et les Länder riches ».
    L’impôt reconstruction n’est pas prêt de disparaitre.

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