Apprendre enfin l’allemand ?

Dans cet article je vais partager avec vous l’erreur FONDAMENTALE que j’ai faite vis à vis de l’allemand durant des décennies. Cette erreur a modifié ma vie et je râme depuis 40 ans pour la corriger.

Pourquoi je ne parlais pas allemand ?

J’aurais dû être bilingue et grandir dans les deux langues parlées dans ma région : le français et l’allemand. Mais à cette époque, après la deuxième guerre mondiale, l’allemand n’était plus en odeur de sainteté et mon père a choisi d’abandonner sa langue maternelle qui ne lui avait apporté que des ennuis. On peut facilement comprendre cette décision. Il a décidé que je serai monolingue et francophone. Et je n’ai tout simplement pas bénéficié de l’exposition à ma seconde langue maternelle. L’allemand est devenue une langue étrangère pour moi.

Tant que vos émotions vous disent qu’il ne faut pas le faire, tout effort est peine perdue

Le dialecte alsacien ne devait surtout pas entrer dans ma tête.
Les monolingues francophones n’étaient pas nombreux hors de mon quartier. Non seulement je n’avais qu’une langue mais en plus je ne comprennais pas les autres enfants qui utilisaient encore beaucoup les deux langues en même temps.

Tout était faux dans l’apprentissage de l’allemand à l’école

Après la guerre, dans les années 50, les enfants qui ne parlaient pas français à l’école étaient punis, battus, moqués, mis à l’index durant la récréation.

Cette politique éducative fût relativement efficace car en moins d’une génération, le dialecte a entamé son déclin vers la disparition qui semble désormais inéluctable.
Les premiers signes de prise de conscience de la disparition d’une richesse se sont portés sur le niveau d’allemand qui était également en chute libre.

En 1972, la réforme Holderith a mis fin à la volonté d’enseigner l’allemand sans enthousiasme. Tout à coup, l’école devait nous enseigner une langue étrangère qui n’était étrangère qu’à une petite fraction des élèves alors que c’était la forme écrite de la langue maternelle de la majorité.

Pour ma part, je n’ai pas senti d’enthousiasme. Imaginez, vous avez 8 ans et vous êtes subitement plongé dans un groupe qui parle une langue que vous ne comprennez pas. Et c’est justement la langue que vos parents ne veulent pas vous transmettre. Et tout cela dans votre école, avec les mêmes gens autour de vous qui vous parlent français durant tout le reste de la semaine ! Cette mascarade n’avait aucun sens. Et j’ai toujours été très fort pour refuser les choses qui n’ont pas de sens.

C’était juste de longues heures à attendre que ce mauvais moment passe. Parfois on me faisait lire des textes à haute voix, l’instituteur vantait ma prononciation alors que je comprennais rien à ce que je lisais.

A quel niveau jouent les émotions dans l’apprentissage de l’allemand ?

Je hais l’allemand au primaire

A 8 ans, c’est trop tard pour plonger un enfant dans une classe qui parle une autre langue en espérant qu’il va s’en sortir et se mettre naturellement à tout comprendre. Surtout avec 3 heures par semaine et les mêmes enfants avec qui il parle français le reste du temps.

Je hais l’allemand au collège

A l’entrée en 6ème, mes parents m’ont imposé l’allemand comme première langue. Nous avons donc repris toutes les leçons avec le même bouquin Rolf und Gisela.
J’avais haïs l’allemand pendant 3 ans ? Et bien on a recommencé exactement le même programme de la même manière ! Je l’ai haï deux fois plus.

Je hais l’allemand au Lycée

Au lycée j’ai compris que je ne pourrais pas faire d’études liées aux langues ou au commerce car j’étais nul en allemand. Même si je suis passé en langue 1 en anglais, j’avais trop de retard et je n’avais ainsi qu’une seule langue vivante.

Je hais la chute du mur

En école d’ingénieur, je me souviens d’un professeur qui nous vantait l’ouverture à l’est. Tout serait à construire, un vrai far-west qui s’offrait à nous. Sauf que je ne parlais pas russe, pas tchèque, pas polonais et que je hais les langues à déclinaison. Je pensais que les allemands seraient partout et que l’allemand serait indispensable. En fait, j’avais la trouille et je n’avais pas confiance en moi. J’ai gaspillé toutes ces opportunités.

Cela ne peut pas continuer – Das kann nicht war sein

Comment faire pour que mes enfants parlent allemand ?

Rationnellement, il est quand même stupide de se couper de la moitié du territoire européen alors que l’Allemagne est à 30 kilomètres de chez moi, que c’est la première puissance économique européenne, et que leur structure politique va leur donner de nombreux atouts pour affronter l’avenir.

Mais comment faire pour reconstruire ce qui a été détruit ?

Je me suis juré de casser cette spirale infernale pour mes enfants et j’ai réussi par le bilinguisme précoce dont je parle dans mon blog dédié.

La honte d’être plus faible que mes enfants !

Ma stratégie a tellement bien fonctionné que mes filles progressent vite. Ma fille ainée absorbe littéralement l’allemand et voyage en Allemagne sans problème, de manière naturelle.

Il faudrait peut-être qu’un jour je parle allemand !

Durant 30 ans, j’ai mis toutes émotions contre mon apprentissage de l’allemand. Et c’était une grave erreur. Une erreur FONDAMENTALE qui m’a coûté énormément en matière de carrière. Mais je ne peux pas en rester là.
Le fait d’être plus faible que mes filles va finir par ralentir leur progression et détruire tout ce que j’ai bâti sur leur bilinguisme précoce.
Nous ne pouvons pas acheter de livres en Allemagne sans que je cherche mes mots et fasse au moins une erreur de grammaire par mot. Pendant longtemps, j’étais fier de si bien massacrer cette langue, au grand désespoir de mes professeurs (J’en ai haï quelques uns également), mais ce n’est plus acceptable aujourd’hui.

C’est décidé : Je me remet à apprendre l’allemand

Le seul moyen de dépasser des rancunes si profondément ancrées est de m’engager publiquement à progresser. Je vais enfin dépasser toute cette haine si profondément enfouie et je vais le faire avec l’aide de ma fille Amy. Après tout, si l’allemand lui semble limpide, elle pourra m’aider:-).

image de cyrille qui est nul en allemand

Cyrille le praticien du bilinguisme
Très nul en allemand

 

image d'Amy qui est très forte en allemand

Amy
du blog www.etranger-premierefois.fr.
Très forte en allemand

 

 

 

Amy doit avoir plein de truc à m’apprendre. Ce blog est notre site commun pour apprendre enfin l’allemand.

Et vous, vous êtes dans une situation plutôt « pire» ou « meilleure » que la mienne vis à vis de l’allemand ?
Est-ce que vos émotions vis à vis de l’allemand vous permettent d’envisager plus de succès que moi ?
Laissez-nous un commentaire ci-dessous

Je veux recevoir les prochains articles par mail
Vos données restent confidentielles et aucun spam ne vous sera envoyé.

Il reste 7 commentaires Aller aux commentaires

  1. Olivier /

    He bien, que d’aventures !

    De mon côté, après avoir fait de l’anglais pendant toutes ces années (6e à bac+5), j’ai un niveau correct qui me permet de converser sans trop de problèmes. Mais c’est surtout dû au fait que je l’utilise au quotidien au travail, qui me fait parfois partir à l’étranger.

    Plusieurs années d’espagnol (4e à bac+2) me permettent de comprendre ce qui est simple à l’écrit ou à l’écoute, notamment pour les musiques de salsa 😉
    Je me souviens que quand on a eu à choisir, en 5e, notre LV2, les choix étaient « Italien, si t’es pas bon, parce que c’est facile », « Allemand, si t’es une grosse tête (et que tu as déjà pris Latin) » et Espagnol pour tout le reste. Il y avait eu quand même quelques bons qui ont pris Espagnol, parce que « l’espagnol est parlé en amérique du sud, alors que l’allemand n’est parlé qu’en allemagne ».

    C’est par la suite que j’ai découvert l’espéranto, « pour voir si c’est bien aussi facile qu’on le dit ». J’ai testé et…. c’est vrai. À tel point, que j’ai probablement un meilleur niveau en espéranto, étudié 2-3 ans « comme hobby » qu’en espagnol après 7 ans de cours.

    Depuis quelques temps, j’essaye de me mettre à l’Allemand.
    Mes motivations sont à la fois la curiosité (l’allemand est difficile à déchiffrer, contrairement à l’italien, par ex.), le fait que l’informatique libre est aussi très développé en Allemagne (ccc.de), mais aussi pour 2 buts plus politiques : tester si les notions d’espéranto aident (normalement, oui), et parler l’une des langues majeures de l’Europe.

    Donc globalement, j’estime que ça doit être une position plus favorable que la tienne 🙂

  2. chris /

    par curiosité je veux aussi apprendre l’allemand

  3. Anjouschka /

    Guten Tag^^

    Un beau témoignage! Ce que vous dites est très juste!

    Tout d’abord, je vous souhaite, à vous et votre fille, de prendre du plaisir dans cette démarche!

    Ce que vous ressentez vis-à-vis l’allemand, moi je l’ai longtemps ressenti vis-à-vis le français! En fait, je suis une Allemande mais je vis en France depuis quelques années maintenant. J’ai haïs cette langue: moi en 6e (ou la « 7.Klasse » en Allemagne), je voulais faire latin mais cela n’était pas possible. Fallait donc faire français… Après 5 ans et 8 profs (et bien, il y avait pas mal de changements de prof en plein milieu de l’année scolaire), je n’associais que des émotions négatives à cette langue. Et puis, en 3e année de Fac, mes profs m’ont « forcé » de faire une année Erasmus en France (alors que j’étais bilingue en anglais…). Et puis, j’avais une super prof de FLE à la fac en France – j’ai appris à aimer cette langue ^^

    Bref: le lien entre émotions et apprentissage d’une que vous établissez, j’y adhère complètement!

    Maintenant, je pense que je vais suivre votre blog avec attention – d’autant plus qu’aujourd’hui, je suis prof d’allemand dans un lycée et que je m’efforce constamment à éveiller le plaisir d’apprendre une langue étrangère chez mes élèves! Je pense donc que votre blog pourrait me donner de bonnes idées 😉

    Viel Spass!

  4. Cyrille / Auteur du Post

    Bonjour,
    Merci de votre intérêt pour notre blog. Amy a de bonnes nouvelles à annoncer qui seront très inspirantes pour les jeunes français. Elles prouvent que « c’est possible ».
    J’espère juste qu’elle va trouver le temps de rédiger l’article pendant la rentrée des classes.
    Cordialement,
    cyrille

  5. Edouard /

    Très bel article! En effet les raisons ne manquent pas pour apprendre l’allemand 🙂

  6. isabelle /

    Bonsoir,

    J’ai moi-même appris l’allemand en première langue en PICARDIE à partir de 1980 et j’en garde à la fois de bons souvenirs grâce à une prof extra, et d’assez bons restes alors que je n’ai pas pratiqué cette langue depuis le Bac en 1987 !
    Après l’erreur d’avoir fait choisir l’italien comme LV2 à mes 2 aînés, ma fille commencera l’allemand en 5ème l’année prochaine.
    J’ai longtemps gardé tous mes livres et cahiers de collège et lycée, mais cela a « disparu » lors du décès de mes parents il y a 4 ans.
    Auriez-vous, vous-mêmes, des exemplaires de la méthodes « Wir lernen Deutsch » ? J’ai cherché sur internet, mais visiblement on ne trouve que le cahier d’exercices.
    Merci si vous pouvez m’aider ou transmettre à d’autres.
    Cordialement.

  7. hurstel /

    Bonsoir Isabelle, j’ai appris avec « Wir lernen Deutsch » mais je n’ai pas conservé d’exemplaire. Je pense que le contenu a du vieillir un peu 😉
    cyrille

Laisser un commentaire